Zakaria Attou: « pour que le boxeur professionnel ait de vrais droits »

Par le biais d’une vidéo publiée il y a quelques mois sur les réseaux sociaux, Zakaria Attou s’est ému du désarroi de nombreux boxeurs français et il a émis le besoin qu’un syndicat soit mis en place pour le bien de la communauté pugilistique tricolore. Depuis, l’ex champion d’Europe a joint le geste à la parole et accompagné de l’ex champion mondial Hassan N’dam, ils ont créé PROBOXE. Nous avons joint Zakaria Attou pour évoquer PROBOXE.

NB: Comment est née la création de ce syndicat ?

Cela fait un peu plus de deux ans que j’y pense. J’avais échangé avec des amis de la boxe tels que mon entraîneur Abadila Hallab ou avec Arnaud Romera avant qu’il ne soit président de la ligue pro et même pendant son mandat où il voyait d’un bon œil la possibilité d’une telle entité. Cette idée a continué à cogiter dans mon esprit mais rien n’était encore concret. La crise sanitaire a accéléré le processus. Cette crise a montré au grand jour ce que nous savions, à savoir la grande précarité d’une majorité de boxeurs professionnels dans notre pays. Il y a eu aussi l’histoire d’Eddy Lacrosse* qui a agi comme déclencheur. On s’est dit: « ça suffit, il faut que l’on essaie de se bouger.» C’est bien de se plaindre sur les réseaux sociaux mais à un moment, il faut que nous soyons aussi acteurs de la boxe et de nos destins et que nous agissions plutôt que parler. Voilà pourquoi j’ai fait une vidéo il y a quelque temps appelant à la création de ce syndicat.

NB: Comment êtes-vous parvenu à un résultat aussi rapide ?

J’ai observé ce qui se passait dans d’autres sports professionnels et j’ai vu qu’il existait des syndicats de sportifs professionnels. Je me suis rapproché d’un syndicat que je trouvais exemplaire, PROVALE qui œuvre dans le Rugby. Ils sont devenus puissants au sein de leur sport, à un point qu’ils sont décisionnaires sur des choses essentielles telles que les contrats et bien d’autres aspects de leur profession. Par exemple il devait y avoir un match de rugby programmé pour le jour du réveillon et ils sont montés au créneau pour faire annuler ce match en arguant que le réveillon en famille était prioritaire au match. Je suis entré en contact avec eux et j’ai eu la chance d’avoir l’écoute du président qui est également le président de la FNASS (Fédération Nationale des Associations et Syndicats de Sportifs). Ils bossent avec des avocats et on a pu commencer à travailleur sur l’écriture de véritables statuts qui tiennent la route. Nous avons aussi évoqué nos futurs axes de travail et les stratégies à adopter. Tout s’est enchaîné ensuite, j’ai demandé aux boxeurs pros leurs mails et nous avons fait une réunion par visio conférence samedi dernier. Aujourd’hui, nous avons des boxeurs (ses), avocats, juristes qui se sont investi pour entrer dans le comité directeur de PROBOXE.

NB: Quel sera le coût de la cotisation ?

Elle sera véritablement modique puisqu’elle s’élèvera annuellement à 30 euros pour les boxeurs Elites 1 et de 20 euros pour les espoirs et jeunes boxeurs pros. Nous avons opté pour une somme symbolique parce que nous savons que peu de boxeurs ont actuellement des revenus.

NB: La composition de votre bureau ?
Nous sommes huit membres. J’ai été élu président, Hassan N’dam et Licia Boudersa sont nommés vice-présidents, Elem Mekhaled sera trésorière, Maïlys Gangloff sera secrétaire générale, il y a aussi un avocat en la personne de Jérôme Tirlan, le syndicaliste Michel Camus et le boxeur Maxime Devigneaud et l’entraineur Sébastien Piteau en tant que membres actifs.

NB: Combien d’adhérents ou de promesses d’adhésion ?

Le bulletin d’adhésion sera lancé dès la semaine prochaine, nous avons énormément de demandes d’adhésion oui. On adhérera uniquement à partir du 1er janvier 2021 jusqu’au 31 décembre.

NB: Avez-vous averti la FFB de vos intentions ?

Non mais par contre je suis entré en contact avec Mr Dominique Nato et Mr Brahim Asloum, les deux candidats à la présidence de la FFB et nous aurons une réunion pour voir comment nous pourrons travailler ensemble car l’objectif de PROBOXE n’est pas de rentrer en conflit avec la Fédération. Notre mission est de faire entendre la voix des boxeurs pros qui sont isolés, toutes les composantes de notre discipline doivent savoir que PROBOXE sera un nouvel acteur et interlocuteur dans la boxe pro. Quand vous êtes structurés, qu’il y a des juristes et des avocats derrière vous, croyez moi que l’on est vigilant et respectueux avec l‘athlète. Encore une fois, si nous n’avons pas encore les reins solides au niveau financier, nous avons la chance d’avoir le soutien de la FNASS , qui met à notre disposition ses avocats et ses juristes.

NB: Je crois savoir qu’un dossier vous paraît urgent…

Oui, il concerne la licence 2021. Il nous paraît essentiel que les athlètes qui ont payé une licence en 2020 et qui ont été privés de compétition, n’aient pas à payer leur licence en 2021. Cela nous semble être une mesure minimum que le FFB se doit de prendre.

NB: Justement, parlez-nous de vos champs d’action…

Nous avons défini trois grand axes:
Être à l’écoute, accompagnement et défense des droits du boxeur professionnel, que ce soit dans ses difficultés avec un club, un entraîneur, un promoteur, un agent, un manager ou avec la fédération. Peu importe, l’important sera que nous apporterons toute l’aide nécessaire et juridique au boxeur pro français qui nous sollicitera. A côté de cela, notre grande cause sera de créer enfin un véritable statut du boxeur professionnel français. Cela fait des années et des années que l’on en parle et rien ne se passe.

NB: Cause juste mais bien compliquée à mettre en place ?

Nous avons la chance d’être en lien avec la FNASS qui a des liens avec le ministère des sports et ses équipes. Il nous reviendra de prendre rapidement contact avec le ministère car il faut savoir que le ministère n’est pas vraiment informé de la situation réelle des boxeurs pros. Il va falloir que l’on fasse du bruit autour de cela. Pour que les choses changent. Il n’est absolument pas normal que des sportifs dits professionnels se retrouvent dans une telle précarité à tous les niveaux.

NB: Que mettez-vous derrière l’appellation « statut du boxeur pro »?

Que le boxeur professionnel ait de vrais droits comme tout travailleur. Pourquoi ne pas s’inspirer des intermittents du spectacle. C’est compliqué car les statuts des boxeurs sont différents selon leur niveau sportif et leur rémunération, mais je pense que c’est réalisable. Que le boxeur cotise sur ses gains pour s’assurer des prestations chômage et une couverture sociale ainsi que des droits pour la retraite. Cela bousculerait les pratiques et il faudra déclarer ce qu’on gagne, plus possible d’être réglé 600 euros comme un mendiant si on veut bénéficier d’une vraie protection. La plupart du temps, il n’y a pas de contrat d’établi, on donne un chèque au boxeur mais rien de déclaré. On ne peut pas revendiquer un statut de travailleur intermittent sans déclarer ses revenus, il va falloir changer les mentalités et les pratiques de ce milieu, on ne pourra pas avoir le beurre et l’argent du beurre. L’objectif sera de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière, cela ne va pas être évident mais je pense que c’est important d’essayer de le faire.
Vous savez, je ne le fais pas pour moi, je suis en fin de carrière, ce qui m’intéresse c’est l’intérêt général. Je sais qu’il y a des gamins qui arrivent, c’est pour eux que nous devons nous battre. Nos anciens ne l’ont pas fait pour nous, je trouve cela dommage alors que certains avaient les cartes en main pour le faire, notamment les médias pour s’exprimer. A nous de nous réveiller pour les générations futures. 

La page Facebook de PROBOXE

 

*L’organisateur ayant eu des difficultés financières, Eddy Lacrosse n’avait pas été payé pour son championnat de France face à Kevin Bluval.

Michel BEUVILLE

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