Wilfried Florentin : « Mon titre ne me donne droit à rien » 

Troisième Champion d’Europe junior français de l’histoire et premier dans une grosse catégorie, Wilfried Florentin a confirmé son excellente saison 2019 et s’affirme comme le poids Lourd d’avenir en équipe de France .

NB: Félicitations Wilfried, la Bulgarie semble vous porter bonheur ?

Oui, j’avais gagné un tournoi assez relevé là-bas il y a quelques mois. Là, j’ai atteint mon plus gros objectif de l’année.

NB: Savez-vous combien de Français ont gagné une médaille d’or à l’Euro junior depuis 1970 ?

Les entraîneurs m’ont dit que j’étais le troisième.

NB: Exact : Christian M’Billi (75kg) en 2013 et Sami Nouaouria (67kg) en 1999: 3 titres en 49 ans !

J’aurais dit plus que ça tout de même. Il faut dire que nous ne sommes pas toujours aidés par les juges. Prenez Selim Bouaita et Brahim Boukedim qui font bronze et argent. Ils sont battus par deux Bulgares. On était en Bulgarie…

NB: L’an dernier pour votre première compétition internationale, vous étiez médaillé de bronze à l’Euro, tout en étant Junior première année, cette année, vous prenez l’or. Qu’est ce qui a changé chez vous ?

D’abord, j’ai effectué un gros travail physique, tant dans mon club de Limeil Brevannes qu’avec l’équipe de France. Je partais d’un niveau physique assez quelconque et j’ai encore une marge de progression. Mais tout ce boulot m’a permis de bien me sentir, de boxer sur un rythme élevé quand mes adversaires commençaient à lever le pied. A l’exception de la finale où le Russe est revenu dans la troisième reprise. Ensuite, j’ai une façon différente de voir la boxe. L’an dernier, je débutais en compétition et montrer que je pouvais rivaliser avec mes adversaires sur un round ou même sur quelques séquences suffisaient à me prouver que j’avais « le niveau », même si je perdais le combat. J’ai pris conscience que tout ça ne servirait à rien sans la victoire au bout. C’est surtout ça qui a changé !

Crédit photo EUBC

NB: Parlez-nous de vos adversaires en Bulgarie

Au premier tour, j’ai eu le même adversaire que l’an dernier, le Turc. J’avais le souvenir d’un gros frappeur mais il m’a fait moins mal cette année. Je l’ai boxé un peu différemment cette fois-ci. Je lui ai imposé une épreuve de force alors que l’an dernier je l’avais beaucoup mis dans le vent avant de remiser. Ensuite, l’Irlandais était un dur. Très gros encaisseur, je l’attendais sur de larges crochets. Il m’a surpris en n’employant pas cette stratégie. Je me sentais bien physiquement et je savais que je pouvais lui imposer une « guerre ». J’en avais sous le pied en fin de round et ça a payé au troisième où il a été compté. En demi-finale, l’Ukrainien a fait forfait alors qu’il s’était présenté à la pesée. Je n’ai pas su pourquoi ? Enfin, en finale, j’ai combattu le Russe qui était un peu un épouvantail avec deux KO première reprise dans son parcours.

NB: Quel est votre programme pour les mois à venir ?

Déjà, un peu de vacances pour commencer. Je me suis préparé tout l’été et j’avais enchaîné préparations et tournois au printemps, donc je suis un peu fatigué. Ensuite, je ne sais pas encore.

NB: Depuis votre dernière interview chez nous, ( à lire ici ) la situation des 91kg senior a évolué puisque l’encadrement de l’équipe de France a décidé de n’amener personne aux Championnats du Monde dans cette catégorie. John Dovi expliquant ce choix par des mots assez durs*.

Je ne veux pas commenter ça. Chaque boxeur fait de son mieux. Je ne peux que répéter ce que je vous ai déjà dit : « L’an prochain, je serai senior et je me tiens près à défendre les couleurs de mon pays partout où le staff jugera bon de m’envoyer ». Mon titre ne me donne droit à rien automatiquement. Il n’y avait pas de deal avec l’encadrement du genre « l’or te donne tel ou tel passe-droit ».

Crédit photo EUBC

NB: Donc, on ne pourra rien vous faire dire concernant Tokyo ?

Si… J’aime bien les sushis !

NB: En Hongrie, vous avez été à l’origine d’un scandale qui aurait pu vous priver de la participation à l’Euro.

Oui… Mon entraîneur de toujours, Olivier Boufoudi – à qui je dédie ma médaille d’or – venait de décéder à peine une semaine avant ce tournoi. J’ai tout de même tenu à y participer. Mais j’étais dans des dispositions psychologiques un peu spéciales. En finale, je suis tombé sur un Kazakh très truqueur avec un arbitre complaisant. J’ai nettement perdu le premier round mais j’étais en train de renverser la vapeur quand il m’a accroché et insulté. Je lui ai donc donné un coup après le break ce qui m’a valu une logique disqualification. Le Kazakh est venu me redonner un coup quand l’arbitre me raccompagnait dans mon coin, ce qui a déclenché ma colère et les incidents dans la salle.

NB: Durant l’Euro, vous avez bien canalisé votre agressivité, à l’exception d’un petit duel de regard en finale.

Oui, je bosse sur le sujet. J’essaye de ne pas perdre inutilement de l’énergie désormais.

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NB: Depuis le décès d’Olivier Boufoudi, qui vous entraîne ?

Lorsque je suis en stage, ce sont les entraîneurs nationaux, dont Stéphane Cottalorda et Mohamed Taleb qui étaient dans mon coin à l’Euro. Au club, ce sont Mehdi et Mevy Boufoudi qui sont les fils d’Olivier et que je connais depuis longtemps. Ils ont repris le club. Parallèlement, je m’entraîne parfois avec Laurent Boucher. J’en profite pour les remercier tous, ainsi que ma famille, mes amis et tous les gens qui m’encouragent, au premier rang desquels se trouve mon sponsor, l’hôtel Gold Star à Nice et bien sûr l’ensemble du staff et mes camarades de l’équipe de France.

* « Cela ne sert à rien d’engager aux championnats du monde des mecs dont on sait qu’ils se feront sortir au premier tour»

Propos recueillis par Jacques Lambert

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