Mehdi Bouadla : « j’aimerais partager mon vécu avec les jeunes »

Il y a tout juste un an, Mehdi Bouadla s’apprêtait à livrer son 38 ème et dernier combat professionnel avant de gouter une retraite bien méritée après 15 ans passés dans les rangs professionnels. Entre le CSL Boxe d’Aulnay Sous Bois de Nasser Lalaoui et Netboxe.com, c’est une longue histoire et Mehdi Bouadla en fut le lien marquant tout au long de sa magnifique carrière. Un an après cette ultime sortie nous avons voulu savoir ce que devenait Mehdi « The Brave Heart » Bouadla.

NB: Comment vas-tu et ta santé ?

Ma vie de retraité des rings se passe bien. Pour ce qui est de ma maladie, les contrôles sont bons même si lors de chaque visite il y a un peu d’angoisse. Nous essayons de ne pas trop y penser.

 

les premiers supporters du champion

NB: Qu’as tu ressenti avant cette dernière représentation ?

Dans le vestiaire, j’ai senti une boule au ventre. L’émotion est montée d’un cran avec presque des larmes aux yeux quand le speaker a appelé mon fils pour qu’il monte sur le ring avant je ne pénètre dans la salle, ce fut un moment unique dans ma carrière, vraiment un instant à part. Nasser et Halim préparaient Yahya pour son championnat de France, je passais le flambeau, une page du CSL Boxe se tournait pour laisse la place à une autre qui j’espère sera encore plus belle.

Quand je suis entré dans la salle Pierre Scohy, au milieu de mes supporters, je me suis dit : « Mehdi profite bien de ces moments car c’est la dernière fois.. » . Malgré l’émotion, une fois sur le ring, je suis redevenu boxeur. Je n’avais pas fait une grosse préparation boxe, retrouver le poids fut contraignant, les sparrings étaient à thèmes avec des gars du club, je n’ ai pas effectué de grosses mises de gants intenses et dures comme quand on préparait un championnat important. Mon adversaire s’en foutait de tout cela, il était là pour me battre, il ne fallait pas l’oublier. Attila Tibor Nagy est expérimenté, un combat reste un combat, celui là je voulais absolument le gagner. Hors de question de partir sur une défaite ou une victoire litigieuse, il fallait que ce soit un beau match . Il m’a touché à la tempe au 1er ou 2éme round, j’ai vu des étoiles (rires), ce n’était pas un jubilé. J’ai rapidement récupéré, l’émotion d’avant combat et tout ce qui a entouré cette dernière a été oubliée avec ce coup, il y avait des rounds à gagner face à ce boxeur solide, on ferait la fête après. Je lui ai rentré dedans comme je l’ai toujours fait avec mes précédents rivaux, le reste du combat s’est bien passé avec une belle victoire aux points à la clé.

l’émotion après une dernière sortie

 

NB: Et après le combat ?

Ça y est j’y suis, on se dit que c’est vingt ans de sa vie qui ont passé à une vitesse folle, ce n’est pas encore le moment des souvenirs mais certaines images ont défilé dans ma tête. J’ai eu droit à de beaux hommages, des applaudissements, j’ai ressenti l’affection et le respect des gens présents dans la salle, un grand moment.

NB: Depuis as-tu coupé avec la boxe ?

Pas du tout, je passe régulièrement à la salle. C’est vingt ans de ma vie, aujourd’hui je ne me force plus à me faire mal pour atteindre des performances, je n’en ai plus besoin. Ce soir par exemple, j’ai suivi toute l’équipe et puis dix minutes avant la fin de la séance, je suis parti. J’ai fait mes séries d’abdos pour m’entretenir mais sans l’obligation de performer avec quelqu’un qui me pousse.

NB: Comment se comportent les jeunes à la salle ? Ils doivent observer le champion ?

Bien sur et il y a des jeunes qui viennent me demander des conseils, Kaou Cisse et Yahya entre autres. Yahya je l’ai connu c’était un gosse, dés le début j’ai senti qu’il avait quelque chose et qu’il réussirait. C’est une fierté pour le club. Aujourd’hui il est père de famille et il est professeur, c’est un homme posé et réfléchi.

 

un vrai dernier combat

NB: Un peu grâce à toi ?

Je ne peux pas dire cela. J’ai été une locomotive du club à un moment, j’ai été dans l’actualité. Peut-être que cela a rejailli sur les jeunes, si c’est le cas, j’en suis content.

NB: As tu des retours de ta carrière ?

Parfois il m’arrive de parler avec des gens qui ne connaissent pas particulièrement la boxe mais que l’on évoque Golovkin, ils sont impressionnés que j’ai boxé GGG. « Ah ouais, t’as boxé Golovkin !! »

NB: Malheureusement à une époque où la boxe était au creux de la vague et peu présente sur le petit écran..

Aujourd’hui la boxe est médiatisée et tant mieux. Seulement il y a trop de champions des réseaux sociaux. Des champions de la salle qui au lieu de passer leur temps à s’entraîner, s’arrêtent pour publier une photo ou une vidéo. Mon téléphone qui était aussi gros que mon sac (rires) il restait dans ma poche éteint dés qu’on arrivait à la salle pour n’être rallumé que lorsque j’étais douché après l’entraînement. Aujourd’hui on met une gauche et hop c’est un snap. Je le fais maintenant mais je ne boxe plus, inconcevable quand j’étais en activité. Il faut travailler dans l’ombre, si tu dois connaître le succès il faut que ce soit sur le ring et pas sur les réseaux sociaux. Un surnom c’est pareil, c’est le public qui te donne un surnom et personne d’autre. Combien d’années ai-je attendu pour avoir un surnom  (The Brave Heart ) ? Ce sont les Danois qui me l’ont donné et en plus il est flatteur.

NB: Tu as du ressentir un petit pincement au cœur le soir du championnat de France de Yahya ?

Aujourd’hui j’ai trente sept ans, j’ai passé toute ma vie à boxer, j’ai été dans l’actualité et tout doucement je laisse la place. On a parlé un peu de moi sur le ring, peut être un peu moins la prochaine fois. Maintenant c’est au tour de Yahya et pour moi la flamme va s’éteindre doucement et on va passer à autre chose. C’est une suite logique, la vie est comme ça.

 

Le flambeau est passé dans les mains de Yayha Tlaoutziti

NB: Tu me sembles détendu, presque apaisé..

J’ai pris du recul sur tout cela. Il y a eu la maladie et maintenant je me concentre plus sur mon travail à la mairie d’Aulnay Sous Bois. En parallèle, je réfléchis et je travaille avec ma femme sur un projet que nous voulons monter et qui me tient à cœur. Cela concerne l’expérience du sportif de haut niveau, j’aimerais faire bénéficier aux jeunes de mon vécu d’athlète et de boxeur. Je viens de la cité des 3000, certes ce n’est pas les favelas mais la vie peut parfois y être dure malgré tout il n’y a pas de fatalité, j’en suis un des exemples. J’aimerais expliquer et détailler comment on peut s’épanouir par la pratique de la boxe, du sport en général et par le biais d’autres domaines tels que la culture lors de rendez vous et conférences organisées dans les écoles, les associations etc… en partenariat avec les collectivités locales telles que les mairies dont celle d’Aulnay Sous Bois, ma ville de cœur . Il y a tellement de choses à faire, parvenir à intéresser les jeunes et les inciter à devenir acteur de leur vie plutôt que rester devant la télé et regarder des trucs inutiles.

NB: Devenir entraîneur ?

On me le dit tout le temps mais je te jure que j’en ai tellement bavé dans la boxe que je ne me vois pas consacrer encore autant de temps. Quand on voit Nasser (Lalaoui) et Halim (Chalabi) je leur tire mon chapeau. Louper un anniversaire de mon fils pour encadrer une compétition cela me générait, je n’en ai pas envie. Je ne veux plus rien rater de la vie de ma famille et de mes enfants, ils grandissent trop vite. Je me suis toujours arrangé pour être présent au maximum. J’ai mes deux parents, ma femme qui sera la seule et mes enfants, je ne suis pas toujours facile mais je suis attaché à cela, ma famille c’est ma vie, donc entraîneur non.

 

la famille s’est agrandie

NB: Le jeune (19 ans) C. Esabe est devenu champion de France pro à son 4éme combat, quel est ton regard par rapport à un avènement aussi rapide ?

Si le règlement est respecté et que le boxeur en question a le talent et le niveau pourquoi s’en priver ? En poids plume, il n’y a beaucoup de compétiteurs, en poids lourd à une époque les boxeurs arrivaient rapidement au titre. Je me dis que ce n’est pas plus mal pour lui. Si par exemple mon fils voulait se lancer dans la boxe plus tard, je le fais passer pro à 16 ans, à part s’il a de bons résultats en amateurs, s’il est en équipe de France . Sinon je lui apprendrais le métier de boxeur professionnel et pas pour devenir « faire valoir », cela ne sert à rien d’attendre et végéter dans les rangs amateurs. On fait un boulot sérieux avec l’équipe. C. Esabe est champion de France, il va passer un autre cap, sa motivation va augmenter et des portes vont s’ouvrir, ses entraîneurs savent ce qu’ils font.

NB: Ton pronostic concernant le combat au sommet entre Michel Soro et Cédric Vitu…

Michel Soro est un gros bosseur, Cédric Vitu est complet et talentueux, je pense que cela va être un combat au mental. Je vois comment Michel est sérieux dans son approche, après je ne suis peut être pas objectif car Cédric vient chez nous mettre les gants, nous avons travaillé ensemble, je le connais un peu plus que Soro. Je vois Michel Soro plus froid et réservé mais quand je regarde sa carrière, je me dis que ce gars n’est pas là pour s’amuser, il fait son boulot et il boxe. Cédric n’est pas en reste, quatre fois champion d’Europe, il répond présent dans les grands rendez vous et il sera prêt, n’en doutons pas.  Ce combat est un bien pour la boxe en France, il faut des combats Franco-Français entre les meilleurs quand ils sont au top de leur forme et surtout ne pas attendre comme Pacquiao – Mayweather qui n’avait plus de sens.  Le combat entre Soro et Vitu est indécis, que le meilleur gagne !

un papa comblé

NB: Je te laisse le mot de la fin…

Je tiens à remercier chaleureusement la mairie d’Aulnay Sous Bois et remercier Nasser Lalaoui, un entraîneur qui m’en a fait voir (rires) mais en qui j’ai une confiance aveugle, un homme d’une grande droiture, sans qui je n’aurais pas réussi la carrière que j’ai faite. Merci à mon ami d’enfance Halim Chalabi, il a été de tous les instants, comme un frère pour moi. Enfin merci à mon épouse et à mes enfants qui sont ma raison de vivre.

A titre personnel, je tiens à remercier Mehdi Bouadla pour sa disponibilité, sa gentillesse et son profond humanisme, un grand Monsieur avant d’être un grand champion.

Michel BEUVILLE

2 Commentaires sur cet article.
  • Buquet
    2 novembre 2019 at 1 h 07 min
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    La classe medhi!
    Un exemple sur le ring, dans la vie comme dans ces commentaires.
    À bientôt j’espère et BONNE CONTINUATION

  • Un an après son dernier combat, Mehdi Bouadla s'exprime — MonAulnay.com – Le blog sur Aulnay-sous-Bois (93600) % – MonAulnay.com – Le blog sur Aulnay-sous-Bois (93600)
    9 décembre 2019 at 17 h 38 min
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    […] Dans un long article sur netboxe.com, Mehdi Bouadla revient sur sa carrière et sa vie d’aujourd’hui, extrait: […]

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