JEYSSA MARCEL, LA RELEVE FRANÇAISE

 « Chaque année en France, des milliers de femmes et hommes suent sang et eau dans l’ombre des salles de boxe. Certains veulent apprendre à combattre, d’autres viennent se défouler ou se lancer des défis… une petite poignée seulement est destinée à briller jusqu’aux plus hauts sommets du Noble Art. Une technique innée, une gestuelle ou le punch qui fait la différence et saute aux yeux. Leur talent se démarque et se remarque au fil des compétitions amateurs, ils sont nos champions de demain, nous leur donnons ici la parole. »

JEYSSA MARCEL

2-0 Professionnel / 39-1 Amateur

Toute droit sortie du boxing club de Garges-Lès-Gonnesses, Jeyssa Marcel, quadruple championne de France amateur a franchi le cap du monde professionnel l’an dernier en pleine pandémie.  À 19 ans seulement, Jeyssa semble faite sur mesure pour le monde pro. Cette sniper des rings, fausse patte longiligne, est un vrai casse tête chinois à boxer. Pour Manu, son entraineur, les choses sont claires: La France, l’Europe et le Monde avant 2024 et les Jeux Olympiques de Paris…

NB : Comment es tu tombée dans la boxe ?

J’ai commencé la boxe à 12 ans. Je cherchais une activité sportive, pour me défouler tout simplement. J’avais déjà fait de la boxe française au collège, mais comme je n’aimais pas avec les pieds, du coup j’ai voulu essayer avec les poings et ça m’a plu !

NB : Ton coach Manu aime bien te taquiner en te rappelant que tu n’avais pas une seule victoire en boxe éducative! Qu’est ce qui t’as fait persévérer ? 

Honnêtement je sais pas du tout ce qui m’a poussé à continuer. Je pense qu’il y avait une forme d’insouciance à cette époque car les enjeux étaient complètement différents. Puis l’entrainement et l’entourage m’ont poussé naturellement à continuer.

NB: Racontes nous ton parcours amateur ?

J’ai commencé les compétitions amateur à 14 ans. J’ai été championne de France tout de suite dès ma première année. Suite à cela, on m’a convoqué pour un stage en équipe de France, que j’ai intégré en cadette/junior. J’ai fait les championnats d’Europe, beaucoup de tournois internationaux où j’ai remporté des médailles d’or et de bronze. J’ai fait championne de France Cadette, junior 1, junior 2, et également à ma première année en sénior l’an dernier à Garges. Puis je suis passée pro…

NB: D’ailleurs tu n’as pas toujours été gauchère…

Non effectivement! Je suis droitière et quand j’ai commencé la boxe la position orthodoxe ne m’allait pas du tout. C’est Manu qui m’a fait passer en position « fausse patte » et le développement a suivi.

NB : Décris nous ta relation avec ton coach Manu qui te connais depuis tes 12 ans ? 

C’est comme une relation familiale. Un grand frère, parfois même un peu paternel, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme ! (rire) Ça lui fait bizarre de nous voir grandir, on commence à avoir des responsabilités et il faut qu’il accepte beaucoup de choses. Certaines boxeuses travaillent, d’autres font des études supérieures, donc c’est parfois dur de lier la vie privée et la boxe . Quand on était petites on disait oui à tout c’était plus facile. (rire)

Manu est nostalgique  de cette époque ?

Carrément ! (rire) Il nous dit tout le temps « c’était mieux quand vous étiez petites, vous disiez toujours oui, aujourd’hui vous répondez ! etc… » mais nous sommes  des filles, ce n’est pas pareil qu’entrainer des garçons, c’est un autre monde.

NB : Tu es jeune, pourquoi le monde des rémunérés avant l’aventure Olympique ?

Ce n’est pas pour l’argent, on m’a très souvent dit que j’avais une boxe stylistiquement plus proche du monde professionnel que du monde amateur. J’avais fait le tour des compétitions et je ne me sentais pas prête pour les JO de 2021. Sans fermer la porte aux Jeux Olympiques, je me suis naturellement tournée vers les pros. Aujourd’hui j’ai trois années pour gagner des titres, faire mes preuves et me requalifier pour les Jeux de Paris. 2024 sera une motivation supplémentaire !

NB: Tu as fais une très belle performance en janvier à Drancy, comment juges-tu tes débuts professionnels ? 

Chaque combat est différent. Lors de mon premier combat je me sentais bizarre. J’étais stressée car je ne savais pas si j’étais faite pour ce monde là. Pleine de questions, j’appréhendais vraiment dans le vestiaire. Mais sur le ring je me suis fait  confiance et ça a payé. Pour ce second combat, je me sentais bien mieux, j’étais plus à l’aise, comme si le stress  du premier combat avait totalement disparu. Un cap de franchi, l’esprit tranquille. Comme en amateur, une fois passé le premier combat, le stress c’est terminé tu continues sur ta lancée, sans te préoccuper.

NB: Que t’a t-il manqué à Drancy pour achever ton adversaire qui a été sonnée à de nombreuses reprises ? 

J’arrêtais trop vite dans mes combinaisons lorsqu’elle était touchée. Je me disais à chaque vacillement « Ça y est, elle va tomber ! » du coup je stoppais mon action. Puis combattre une gauchère comme moi c’était nouveau.

NB : Tu évolues en poids coq, ton coach souhaite aller vite. Un championnat de France en mars, puis l’Europe et le Monde avant les JO de Paris; te sens-tu capable d’aller aussi vite ? 

Tant que je réussis à avoir les titres, à obtenir les victoires c’est tout ce qui compte pour moi.  On va essayer de ne pas brûler les étapes car on vient de rentrer dans le monde pro. On ne connait pas encore bien mais l’objectif premier c’est la ceinture de championne de France, puis l’Europe. Une fois ces objectifs accomplis  on s’occupera du monde.

NB: Regardes tu ce qui se passe dans ta catégorie ? Que penses tu des championnes mondiales en titre ? 

Je ne vais pas te mentir, je ne suis pas du tout la boxe ! (rire) Je ne suis pas le genre de personne qui va scruter les classements sur internet ou se lever tôt le matin pour voir un gala. Je ne suis pas du tout au fait de ce qui se passe dans ma catégorie. Je me fais confiance et je fais confiance à mon équipe, je connais ma boxe donc je ne me focalise que sur l’entrainement.

NB : Le club de Garges regorge de talents féminins. Qu’est ce ça fait d’évoluer en même temps que des espoirs comme Johanna Wonyou ou Gloria d’Almeida pour ne citer qu’elles ?

Nous avons évolué pratiquement toutes en même temps. On s’est vues grandir, et pour certaines on a même commencé la boxe ensemble. Donc c’est super positif car chacune apporte quelque chose à l’autre, nous nous complétons au fur et à mesure de nos évolutions personnelles. Après on ne reste pas qu’entre nous, très souvent nous mettons les gants dans des clubs différents partout en France, on part à l’INSEP également, on goûte un peu à tout.

NB: Que ressens-tu avant d’entrer sur le ring ? 

Avant de monter sur le ring, je suis prise d’un mélange de détermination et de stress . Le stress  de mal faire les choses, de ne pas appliquer ce qu’on m’a enseigné à l’entrainement. L’angoisse de mal faire, de ne pas être au niveau et au final, me décevoir. Mais je ne crains pas mon adversaire, je n’y pense même pas. Je suis le genre de personne à qui il ne faut surtout pas parler de son adversaire dans les vestiaires. Je me concentre sur moi même, ma stratégie. Je suis dans ma bulle et il ne faut pas m’en sortir !

NB : De qui s’inspire Jeyssa Marcel sur le ring ?

Honnêtement des gens de ma salle. Filles ou garçons, on s’apporte mutuellement quelque chose, c’est comme une grande famille. Après je ne suis pas une grande fan du sport en soit, je suis beaucoup la boxe amateur et comme on voyage beaucoup en amateur, beaucoup de rencontres que j’ai faites lors des compétitions m’ont inspiré mais aucune combattant ou style ne m’inspirent, c’est un ensemble.

NB : Quand te revoit-on sur le ring ?

Je devrais disputer mon championnat de France professionnel  en mars si tout se passe bien !

NB : N’est-ce pas un peu tôt ? 

Dès le deuxième ou troisième combat, en boxe féminine on peut faire un championnat de France, donc je trouve ça plutôt bien. J’ai eu la préparation pour et je suis toujours prête à monter sur le ring, peu importe l’enjeu !

NB : As-tu un message pour la championne de France en titre ? 

SURPRISE… J’arrive ! 🙃

NB: D’ici les JO de Paris, que réserves-tu au Noble Art ?

Championne dans tout, je décrocherais tous les titres, toutes les ceintures, on va y arriver ! Quand tu es déterminée et que tu veux y arriver tu peux tout avoir, on a jamais rien sans rien, moi j’ai faim de victoires et de titres !

Photos et Article Vincent Fenech

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  • JEYSSA MARCEL, LA RELEVE FRANÇAISE | Olympic Games 2024
    15 février 2021 at 21 h 48 min
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