IL Y A 80 ANS : GREB WILSON

Wilson, le dernier ordinaire

Depuis 1913 ni Chip, ni Mac Coy, ou O’Dowd tour à tour champions
n’avaient réussis à convaincre. Et Comme une fatalité,
leur successeur Giovanni Panica (Johnny Wilson), illustrait à merveille
ce mal de sensation.  Rien n’aurait permis de croire que ce boxeur
rugueux mais sans classe, allait se parer de la couronne. Battu à
trois reprises lors de ses premières sorties, sa modestie s’affirma
d’avantage entre février 1916 et décembre 1917 où
il enregistra six nouveaux revers contre des boxeurs de second rang.
KO en avril 1918 devant Frankie Carbone, il aligna contre tout attente
une série convaincante  de succès pour s’offrir une
chance devant le champion Mike O’Dowd, le 6 mai 1920.
Et comme rien n’est clair en cette période où les intérêts
mafieux nouent et dénouent certains verdicts : dominé par
le tenant, Wilson remporta cependant la mise (aux points) sous les vives
critiques de la presse ! Mais son influence réussit à remettre
en jeu le titre (déclaré vacant) entre Wilson et O’Dowd en
mars 1921. Cette fois, Wilson domina sans contestation les 15 rounds. Mais,
trois mois plus tard, c’est au tour de la commission de Cleveland de refuser
d’entériner sa victoire en sept rounds sur le local Brian Downey
: prétextant que Wilson avait été KO au round précédent
! Cette nouvelle prise de position trouve sa réelle source dans
la valeur ordinaire de ce pugiliste que tant de gens ont de mal à
accepter comme champion. A la veille de sa défense contre Greb,

et malgré une couronne détenue depuis 3 années, il
était donné perdant à 3 contre 1.

Un chef d’œuvre de ruse

Né à Pittsburgh, Edward Henry Greb passe professionnel
en mai 1913 à l’âge de 18 ans. Dédaignant l’entraînement,
il compense ce manquement par une incroyable activité sur le ring..
Il livre 68 combats entre 1917 et 1918 !  Ne pesant que 71,5 kilos
(pour 1 m 73), il combat pourtant la plupart du temps en  mi-lourds.
Malgré Son goût immodéré pour l’alcool et une
vie de débauche, ce grand séducteur est sur le ring un coriace
combattant doté d’une rapidité d’exécution stupéfiante.
Un virtuose à la fois redoutable dans les ficelles irrégulières
du métier : coups de coude, coups bas et autres coups de tête..

Greb remporta son premier sommet en mai 1922 pour le titre américain
des mi-lourds, devant l’invaincu Gene Tunney, futur roi des lourds. Il
infligea  à celui-ci  une terrible correction en 15 rounds
et conservera ce titre face à  l’excellent Tommy Loughram avant
de le perdre lors de la revanche devant Tunney. Mais son chef d’œuvre pour
le titre mondial allait s’opérer hors du ring :
Car si les exploits d’Harrry Greb en mi-lourds impressionnent le public,
ils effraient surtout ses adversaires naturels. A tel point que pour décrocher
son opportunité mondiale chez les moyens, il du élaborer
une ruse machiavélique pour convaincre Wilson de l’affronter.
Il enrôla quelques barmans à New York afin de donner une
image de soûlard (alors même qu’il buvait en réalité
de l’eau colorée)…
Les nouvelles peu flatteuses sur son état d’ivresse atteignirent
les oreilles de Wilson qui indiqua à son manager : « c’est le
moment de boxer ce clochard !
« , certain que Greb serait presque transporté
au ring sur une charrette ou en civière. Plein d’énergie,
Harry Greb attendait l’échéance avec rage et s’efforcera
de punir le champion sévèrement afin qu’il paie sa responsabilité
pour l’avoir évité durant des années. Un journaliste
résuma « Wilson fut chanceux de ressortir vivant à l’issu
des 15 rounds tout proche d’être assassiné sur les coups de
son féroce challenger
« .
Paré du titre mondial de moyens, Greb surclassa Bryan Downes
chez lui à Pittsburgh, avant d’accorder une nouvelle rencontre au
revanchard Wlison, confiant au point de miser une bonne partie de sa bourse,
que la manipulation du premier acte l’avait démobilisé.

15 rounds à un rythme d’enfer

Pourtant, au coup de gong,  c’est Greb  bondit de son coin
tel un fauve sur sa proie et d’entrée, les échanges sont
terribles. Wilson légèrement plus grand touche de son bras
avant et réussit de bons enchaînements. Mais le champion rétorque
par de beaux crochets.  Toujours aussi vif, sa vista lui
permet de dominer. Il touche d’une droite, puis d’une série de gauches (corps/face).
Et un uppercut au menton ébranle Wilson ! Mais celui-ci revient
énergiquement… Dans les rounds suivants, Greb continue son travail
à l’intérieur . A son habitude quelques coups irréguliers
colorent les corps à corps. Wilson ne semble pas trouver de solutions devant tant de coups et de
vitalité.  Affamé, Greb le coince à nouveau dans
les cordes. Au round suivant, Wilson loupe un long swing et Greb le sanctionne
d’un crochet gauche terrifiant. L’arcade droite ouverte, le challenger
subit.
La volonté et la puissance supérieure du moulin à
vent humain rendent la domination manifeste. Le sourire aux lèvres,
Greb revient presque arrogant au 10ème round. Au 11ème Wilson
s’accroche encore mais les quatre derniers rounds seront terribles : acculé
dans un coin, Wilson encaisse de nombreuses séries sous tous les
angles qui empêchent toute réplique.
Wilson n’abdique pas et tente de riposter dans des corps à corps
violents au cours desquels les deux boxeurs usent de coups sales. Une furieuse
bataille s’engage dans le dernier round mais incontestablement, Harry Greb
domine… Au gong final, Wilson est porté en triomphe par son coin,
mais le verdict est indiscutable : Greb reste le champion !
Les deux hommes se retrouveront pour un troisième volet sans
titre en jeu en avril 1925 ;  Greb l’emportera à nouveau aux
points.
Il défendra son bien contre Fay Keiser (KO au 12ème)
et Ted Moore (aux points) puis Bob Sage (aux points) et battra Tommy Loughran
chez les mi lourd. Catégorie où il retrouva  Gene Tunney
à trois reprises par la suite (deux no décisions et une défaite)…
Sa plus grande défense interviendra le 2 juillet 1925 face au bouledogue
en miniature Mickey Walker, roi des welters. Au terme d’une guerre
inouïe (qui continuera le soir sur un parking de nightclub), Greb
l’emportera aux points. Mais en février 1926, ses innombrables ficelles
ne suffiront pas à tisser une nouvelle défense devant Tiger
Flowers qui l’emporte aux points sur une décision serrée,
pour devenir le premier champion des moyens de couleur.
Six mois plus tard, asphyxié par la chaleur, Greb échouera
lors de la revanche, ne sachant pas ce soir là  qu’il venait
de livrer son 305ème et dernier combat.

Une incroyable révélation posthume

Car l’exploit véritable et insensé d’ Harry Greb demeura
longtemps méconnu. Ni Wilson, ni Tunney , ni Walker ne savaient
la vérité : ils avaient boxé un borgne !  Cela
remontait en août 1921, victime d’un coup de pouce de Kid Norfolk
qui provoqua une hémorragie interne à l’œil droit, il avait
refusé tout soin afin de profiter d’un rendez-vous galant. Ce décollement
de la rétine ne fit que s’empirer avec le temps. Son mutisme et
l’inexistence à l’époque d’examens médicaux obligatoires
lui permirent de poursuivre son carrière et de battre les meilleurs
de son époque.
Hospitalisé pour une banale opération du nez, il décédera
d’un arrêt cardiaque durant l’anesthésie à l’âge
de 32 ans : le 22 octobre 1926.
Champion des moyens de 1923 à 1926,  cet homme hors
norme livra  en 13 années 305 combats pour seulement 8
défaites même si plus de la moitié de ses combats furent
des non décisions ; comme tous les boxeurs de l’époque jusqu’au
règlement de Jimmy Walker qui limita cette pratique. Une seule défaite
subie avant la limite. Considéré par Bert Sugar et Bill Cayton
comme l’un des 5 meilleurs boxeurs toutes catégories confondues,
il fut introduit au Hall of Fame dès sa création.

Sébastien Boniface, le 26 Janvier 2004

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