Bastien Ballesta: « Nos seules limites sont celles que nous nous mettons ! »

Bastien Ballesta fait partie de ces jeunes boxeurs de grande qualité qui évoluent en province, loin de la capitale et des paillettes, et qui deviennent des champions incontournables de leur catégorie. En moins d’un an, le jeune Bastien a conquis le titre national des poids supers-légers et il l’a défendu victorieusement trois fois. Dix rounds de folie contre Renald Garrido ont propulsé ce jeune combattant sur le devant de la scène,  parfois défini comme un boxeur encore tendre avant ce combat, Bastien Ballesta s’affirme dorénavant comme l’un des plus sérieux espoirs du pays. Le jeune homme à la tête bien faite nous a accordé un entretien.

NB: Une présentation pour les lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore ?

J’ai 25 ans et je suis né à Béziers, ma famille est originaire d’Algérie, des pieds noirs qui ont atterri à Béziers. La boxe est une tradition chez nous, mon grand oncle a boxé en Algérie et mon grand-père l’accompagnait. Quand la famille est rentrée en France, c’est mon père (Patrick) qui a pris la succession et mon grand-père était président du club Marcel Cerdan à Béziers. Pour l’anecdote, mon arrière-grand-père, que je n’ai pas connu, avait un don pour soigner, un guérisseur comme on les appelait à l’époque. Lors d’un France-Usa inter alliés, Marcel Cerdan qui avait les mains fragiles et souffrait régulièrement lui a demandé s’il pouvait le soulager. En remerciement, Marcel Cerdan est devenu parrain officieux de mon grand-père Marcel Ballesta qui allait naître. Mon père fut boxeur pro et challenger européen de Khalid Rahilou, il m’a élevé avec deux grands principes qui sont l’éducation et le sport. Il était plutôt contre le fait que je pratique la boxe, il voulait que je fasse du foot ou du rugby. Par mimétisme et aussi comme beaucoup d’ados peu pour aller contre l’avis des parents je me suis mis à la boxe à 15 ans et Jean Di Bateza fut mon premier entraîneur . J’ai disputé 35 combats amateurs et j’ai été en équipe de France, à 20 ans je me suis cassé la main et ce fut un tournant. J’avais fait un peu le tour en amateurs et je n’étais pas n°1 dans ma catégorie donc peu de chances d’aller aux JO par exemple, je suis alors passé professionnel en y allant crescendo, par étapes, j’étais loin d’être à maturité physique et psychologique.

NB:  Êtes vous pro à part entière ?

J ‘ai été quatre ans éboueur, je suis employé à la communauté d’agglomération de Béziers. Après mon premier championnat de France, j’ai pu bénéficié d’un poste aménagé, axé sur la cohésion sociale. Cela me permet de m’entraîner deux fois par jour. Béziers est une ville de rugby, aujourd’hui je fais partie des sportifs en vue de l’agglo.

NB:  Votre début de carrière est bien mené avec des rivaux choisis, peut-on dire carrière protégée ?

Oui si vous voulez mais si demain un père voit son fils passer pro à 20 ans, il ira doucement avec lui pour lui donner des chances de s’aguerrir et de durer. Certaines critiques m’ont parfois fait du mal…Nous n’avons pas brûlé les étapes car je n’étais pas apte à le faire, le présent donne raison à ma père.

NB:  Les critiques, les réseaux sociaux par exemple, est-ce une pression supplémentaire ou une motivation ? Comment vivez vous cela ?

Oui et non. J’essaie d’être assez juste avec moi, je sais ce que je vaux et ce que je ne suis pas . Je ne prends pas pour un champion du monde et je sais qu’il y a beaucoup de boxeurs meilleurs que moi. Je ne me mens pas et surtout je ne mens pas aux gens, certains bluffent sur les réseaux sociaux «moi je, moi je… » , j’essaie d’être transparent et franc. Quand j’étais plus jeune, certains commentaires négatifs que je trouvais injustes me faisaient de la peine, j’aurais pu passer des heures à répondre, ç’aurait été donner du crédit à une parole pas forcément objective. Quand j’ai disputé mon 1er championnat de France, il y a eu des commentaires négatifs et pas toujours objectifs qui m’ont touché. Je subissais les événements avec les forfaits et je trinquais. J’ai gagné le titre national mais rendez vous compte que quelques jours avant on ne savait pas si on allait boxer ni contre qui. Je n’avais pas le droit à l’erreur contre Y. Mesny prévenu à la dernière minute, gagner était normal, perdre était interdit, je n’ai pas réussi à me libérer et je suis passé un peu à coté du combat,. Ce titre était un rêve de gosse, je l’attendais depuis des mois et quand je l’ai décroché, il avait une drôle de saveur, comme si malgré que j’aie gagné je n’étais pas légitime pour accrocher la ceinture autour de ma taille. Cette épreuve m’a endurci, j’ai passé un cap. Aujourd’hui si je lis quelque chose de pas bien, cela me chagrinera cinq minutes puis je passe à autre chose.

NB:  Comment se passe le confinement ?

C’est particulier pour mon cas, je sors d’un combat, la situation aurait été plus préjudiciable et délicate à organiser si j’avais été en préparation. Je m’entretiens tous les jours, je fais attention de ne pas prendre trop de poids et rester en forme. Le problème est que nous n’avons aucune visibilité sur le calendrier, ce qui va se passer etc.

NB:  Vos progrès sont spectaculaires, prenons les deux combats face au rude T. Avdiev, comment analysez vous votre progression entre ces deux duels ?

Le premier combat avait été disputé et âpre même si je l’avais gagné sans discussion possible, j’ai dominé la revanche chez lui, pour la seconde défense de mon titre, avec de la marge. Mon combat référence avant avait été contre Habib Houchang, la première fois où pendant dix rounds je suis parvenu à m’exprimer à fond. Cette première défense de titre face à Houchang m’a fait passer un palier, je savais que j’en étais capable et je l’ai fait. Je m’entraîne avec les frères Hallab aux Mureaux, ce sont des adeptes du travail, moi aussi, je ne suis pas un boxeur talentueux à la base, tout est du au travail. Aux Mureaux, il y a une école de boxe avec des talents de fous, Abadila et Aziz forment des boxeurs qui sont autant de potentiels champions. Zakaria Attou préparait sa demi finale mondiale, on avait fourni un énorme travail et cela a payé. Le second combat contre Avdiev a confirmé ma progression entamée avec les frères Hallab, j’ai gagné quasiment tous les rounds, l’arbitre a failli l’arrêter plusieurs fois… On a gagné à l’extérieur avec la manière. Avec Abadila on est respecté où que l’on aille, on ne se fait pas marcher sur les pieds et on est pris au sérieux, c’est aussi un plus.

NB:  Nous arrivons au combat face à Renald Garrido, comment avez vous vécu cette annonce ?

Il y a quelques années alors que je venais de passer pro, j’avais mis les gants avec Renald. Il me l’avait fait à la Garrido, en gros « je vais te casser la g…e » (rires), on avait fait huit rounds l’après midi et re huit rounds le lendemain et il m’avait dit qu’il ne s’attendait pas à cela de moi. Trés bon souvenir, Renald avait été très sympa et je m’étais dit que si un jour j’avais l’opportunité de le rencontrer, j’irais car Renald Garrido est une référence de la boxe en France. Que l’on aime ou pas, Renald est reconnu, après avoir rencontré un pareil boxeur, je savais que l’étiquette de boxeur protégé n’aurait plus aucun sens. On ne s’est posé aucune question, j’attendais ce moment avec impatience. Pour moi cette victoire a été la consécration que je n’ai pas eu quand j’ai pris le titre. Je n’ai pas douté, j’étais tellement bien préparé que la victoire ne faisait aucun doute dans ma tête.

NB:  Être champion confère un sentiment d’invincibilité ?

Pas pour moi. Il ne faut pas être non plus trop confiant au risque de prendre un combat à la légère. Il faut savoir rester modeste et faire attention. Contre Garrido, je m’étais préparé à tout, je savais que ce serait la guerre, qu’il faudrait être prêt à répondre pendant dix rounds . Être prêt physiquement mais aussi mentalement, j’ai surpris beaucoup de gens avec ce combat mais sans prétention, mes entraîneurs et moi même n’avons été surpris, nous savions que j’en étais capable. Je le fais à la salle, seulement je n’avais encore jamais eu l’opportunité et l’adversaire pour le démontrer.

NB:  R. Garrido vous a-t-il étonné ?

Honnêtement je ne m’attendais pas à ce qu’il soit capable de mettre autant de rythme pendant dix rounds. Sans lui faire injure et avec respect, il est plus âgé que moi et sur ces derniers combats, il semblait mettre moins de rythme. A certains moments du combat, je me demandais comment nous allions faire pour tenir ce rythme là, ça allait vite, sans répit et puis le mental reprend le dessus. J’ai connu un passage à vide du 2éme au 4éme round, je perds ces trois reprises. Je me demandais comment ça allait se passer, les choses habituelles quoi…puis j’ai commencé à prendre mes marques à partir de la 5éme et monté en puissance, finalement cela s’est bien passé pour moi. Je crois avoir fait la différence dans le sens où Renald ne s’attendait pas à ce que je sois capable de suivre le rythme endiablé du combat, je ne suis pas le type qui va le claironner sur tous les toits mais je savais ce dont j’étais capable. Ce combat aurait pu basculer d’un coté comme de l’autre sur un petit détail comme une mauvaise gestion du poids par exemple avec un peu de fatigue et un peu moins d’énergie. On a livré 10 rounds de folie, c’était chaud…

NB:  Avez vous revu ce combat ?

Bien sur et à certains moments, je me suis dit : « Waouh c’est toi là ! » (rires). Je l’ai gagné avec mon cœur, avec ma fierté, devant toute ma famille. Vous savez j’ai vendu 200 places pour ce championnat de France, le lendemain on mangeait tous ensemble, ça allait être une grande fête, je ne pouvais pas les décevoir, c’est quelque chose qui m’aide énormément, je puise ma force dans cela. On en a reparlé avec Abadila (Hallab) et il m’a dit que si ce combat était un régal pour les yeux du spectateur et du téléspectateur, en tant qu’entraîneur il voyait plein de choses qui n’allaient pas, trop de coups que je n’aurais pas du prendre, on travaillera ces aspects là. Quoi qu’il en soit aujourd’hui je suis satisfait de ma copie. Il y aura des enseignements à en tirer.

NB:  L’avenir maintenant ? UE, EBU ?

J’ai défendu trois fois ma ceinture de champion de France en peu de temps, j’aspire à de nouveaux challenges. Aujourd’hui je me sens prêt pour aller au dessus, maintenant nous savons que la boxe n’est pas toujours régie par la logique sportive. Gérard Teysseron m’aide dans ma carrière mais je ne suis pas classé EBU. Je suis classé EU et le titre vacant devait être disputé entre Massi Tachour et l’Italien Carafa mais c’est reporté et quand aura-t-il lieu maintenant ? De plus le nouveau champion peut faire une dérogation, cela peut me faire traîner longtemps. J’espère que je pourrais avoir un grand combat à l’automne prochain. J’ai la chance d’être bien entouré, mon père connaît les rouages du milieu…

NB:  Dans quels domaines devez vous progresser ?

Ma marge de progression est difficile à évaluer, mais ma progression est linéaire, j’évolue encore et je ne suis pas encore arrivé à maturité. Je pense que je serais à mon top vers 27/29 ans. Physiquement je travaille avec mon père sur du spécifique boxe, circuit training, explosivité, je dois encore travailler techniquement, peaufiner certains détails, améliorer la qualité, continuer le travail mis en place puisque l’on continue à progresser, c’est que je suis sur la bonne voie, travail, travail !

NB:  Avez vous un objectif ou vous êtes vous fixé une limite ?

Non, mon père m’a appris qu’il ne fallait pas se fixer de limites, nos seules limites sont celles que nous nous mettons nous mêmes ! Mon rêve, comme tout boxeur professionnel, c’est d’être champion du monde !! Bien sur je peux pas dire que je serais champion du monde mais je m’entraîne pour m’accrocher à ce rêve, si demain on me dit que je vais faire une carrière à la Zakaria Attou ou à la Cédric Vitu je signe de suite. Il faut que je travaille, je ne pense pas que je serais un « vieux » boxeur, je tiens à avoir une vie de famille, la boxe est un sport dur, qui use un homme . Une fois ma carrière finie elle sera finie, boxer à 40 ans est inconcevable pour moi à part pour Manny Pacquiao. Aller jusqu’à 33 ans c’est déjà pas mal, les préparations c’est dur, quand je pars aux Mureaux, je laisse ma famille pendant cinq semaines, c’est compliqué. La boxe demande beaucoup de sacrifices et d’investissement pour peu de retour, que ce soit financier ou autre.

NB: Un mot sur la démission d’Arnaud Romera ?

C’est une grosse perte pour la boxe, il a fait de belles choses pour la boxe pro en peu de temps. Les chiffres parlent pour lui. N’oublions pas qu’il était bénévole, pas beaucoup se seraient démenés autant que lui dans ces conditions. Arnaud Romera avait un savoir faire et une maîtrise, la grande perdante est encore la boxe. Arnaud saura rebondir à sa juste valeur dans sa vie professionnelle, je le lui souhaite chaleureusement.

NB: Le traditionnel mot de la fin pour nos lecteurs…

Je suis un passionné de boxe et je connais les boxeurs, je suis NetBoxe depuis une dizaine d’années et aujourd’hui c’est moi qui est dans l’actualité, c’est une joie et une fierté, je vous en remercie. Je profite de vos colonnes pour remercier les gens qui me soutiennent, les supporters, la communauté Pieds Noirs, ma famille et le Club des Mureaux des frères Hallab sans oublier le club Esprit Boxe Maraussan de Patrice et Delphine Guidoni où je suis licencié et avec qui je m’entraîne sur Béziers. Un grand merci à mon employeur, la Communauté d’Aglo de Béziers Méditerranée ainsi qu’à mes sponsors, Mrs Yoann Moreau et Louis Pierre Angelotti, je remercie le garage Ford de Béziers qui me met un véhicule à disposition.

Michel BEUVILLE

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