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En boxe, tout comme en musique, l’adage de Miles Davis selon lequel "il n’existe pas mille sorte de moments mais seulement deux : les grands et les autres" est une vérité. Chaque mois, Sebastien Boniface revisite un des combats qui par son intensité dramatique a marqué les esprits au delà des générations, un des combats qui ont fait l'histoire de la boxe...

IL Y A 20 ANS, HAGLER - LEONARD

Il y a 20 ans, un rêve devenait réalité. Toute une génération n’osait plus espérer le "Super-Fight" : le choc entre les 2 plus grandes stars de la décennie : "Sugar" Ray Leonard et "Marvellous" Marvin Hagler. Pourtant le 8 décembre 1986, Bob Arum annonce date (le 6 avril) et lieu (le Ceasar Palace de Las Vegas) de l’impensable événement planétaire… And The Dream come Reality !

L’insouciant come-back
Mai 1986 : depuis prés de 2 ans déjà, Ray Charles Leonard officie dans ses nouvelles fonctions de commentateur pour la chaîne CBS. Le plus talentueux pugiliste de sa génération ne danse plus sur le carré magique. En costard, du bord du ring, l’ex-champion olympique de Montréal ne distille désormais que des bijoux d’analyses... Digne héritier de Muhammad Ali et de Sugar Ray Robinson, à qui il a emprunté le surnom, Leonard a été le roi des Welter de 1979 à 1982. Une division où il unifie aux dépens des invaincus Wilfredo Benitez et Thomas Hearns, puis humilie Roberto Duran lors du fameux "No mas". Pourtant, à 26 ans, l’étoile de Palmer Park n’aura juste le temps que d’ajouter à son palmarès une autre ceinture mondiale (en Super-welter). Car en novembre 1982, il est opéré d’un décollement de la rétine et fait ses adieux à la boxe. L’annonce rend les rings orphelins de toute sa classe. Les séquelles de sa lutte acharnée devant Hearns bouleversent l’Amérique.

Pour beaucoup, sa carrière s’arrête sur un amer sentiment d’inachevé. Pourtant, le 5 novembre 1984, Leonard tente une rentrée. Aussitôt, les autorités de la boxe s’inquiètent pour sa santé. Mais l’attraction qu’on croyait rangé au rayon des souvenirs, remonte bien entre les cordes. C’est un événement même si son adversaire, Kevin Howard, est un inconnu. Malheureusement, la magie s’est évanouie. Pour la première fois de sa vie, Leonard va au tapis pour finalement l’emporter au 9e round. « Je n’ai plus rien à faire ici. La passion m’a quitté ! ». Pourtant inlassablement, la presse fantasme sur un autre retour du jeune et riche retraité. Lorsque lors d’une réunion en mars 1986, son ami journaliste, Howard Cosell, lui pose pour la forme une énième fois la même question : « Ray, seriez vous prêt à entamer un come-back ? ». Stupeur, Leonard avoue : « Oui pour affronter seulement et directement Marvin Hagler. J’ai besoin de lui ! ». Le scoop est énorme. Au retour chez lui, son épouse Juanita qui a assisté à la scène se fâche : « Ray, ne fais pas cela ! »…

Mais trop tard, le "Super-Fight" est sur les rails. Bob Arum, le patron de la Top Rank, n’a plus qu’une obsession : conclure cette folle appétence. S’il parvient à convaincre le "Chauve de Brockton", il tient le combat de la décennie. Une semaine plus tard, le New-York Times publie une interview, et titre à sa Une : « Sugar is back »… Leonard y affiche ouvertement sa conviction : « Le feu a repris en moi. Je ne veux qu’Hagler. Lui seul peut motiver mon retour. Ma blessure à l’œil est arrivée au moment où je voulais l’affronter. Ce défi m’excite, car personne ne pense que je peux gagner. Je veux prouver le contraire ! Au fond de moi je sais que je suis le seul boxeur au monde qui sache battre Marvin Hagler !».
D’expertises en contre expertises médicales, le monde entier acquiert la certitude d’une guérison définitive de l’"ange". La Lloyd’s, dont on connaît la prudence, accepte de l’assurer. Ray Leonard passe 4 heures dans le cabinet du Dr Edwin Homanski, médecin de la commission du Nevada. « Si vous aviez une chance sur mille d’abîmer votre œil, je ne vous laisserais pas combattre » certifie le médecin. Leonard récupère sa licence.

Mais les mois passent. Le roi des Moyens hésite. Depuis ses triomphes sur Hearns et Mugabi, "Marvellous" n’a plus qu’une quête : l’amour du public américain… A 33 ans, il préfèrerait un challenge dans lequel il aurait le rôle du bon… Finalement, Arum lui assure 12 millions de dollars (la plus forte garantie de tous les temps à cette date !). The "Marvellous" ne peut jouer à la sourde oreille ; à ce prix là, il arrive à se convaincre que ce Ray Leonard est vraiment antipathique… L’affrontement est programmé en plein air le 6 avril prochain. Une fois l’excitation de l’annonce passée, tout le monde croit que cette fois Leonard est devenu fou. Trop orgueilleux, trop impétueux…. L’opinion est unanime : comment peut-il croire qu’il a une chance de battre le plus brutal et impitoyable guerrier de la décennie (invaincu depuis 11 ans) ? Un tyran dont sa devise (« Destroy !») résume froidement sa réalité de "merveille de l’abominable" ; un monstre sanguinaire qui a tout connu dans sa vie : une enfance passée dans les émeutes raciales de Newark, un début de carrière parsemée de toutes les embûches possibles, des premiers combats pour moins de 40 dollars, les pires traquenards imaginables... Hagler s’est construit à la seule force de ses poings. Et voila qu’avec un seul combat désastreux en 5 ans, Leonard ose, après 1 059 jours d’inactivité, le défier sur son propre terrain… L’inconscient !

“The Super Record Fight”
Cinglé Leonard, mais fascinant. Et la magie fonctionne à nouveau. Le monde entier, l’Amérique et Las Vegas deviennent fous de cet insensé challenge. Les 15 336 places (de 100 à 700 dollars) sont vendus en 3 mois. Le Ceasar Palace paie à la Top Rank 7 millions de dollars pour accueillir le choc. La recette aux guichets s’affole : 7,9 millions de dollars (un record pour une manifestation sportive de moins d’une heure). Le combat sera retransmis en circuit fermé aux Etats-Unis, au Canada ou en Grande Bretagne. Plus de 60 télévisions dans le monde (dont Canal +) permettront à 350 millions personnes de suivre en live cette lutte. La chaîne HBO signe un chèque de 3,1 millions de dollars pour obtenir l’exclusivité d’un combat qu’elle ne pourra diffuser seulement 8 jours. 1 500 journalistes de 33 pays sont accrédités. A un mois du choc, l’hystérie devient totale. Plus de 100 000 personnes seront drainés dans la capitale du jeu où les autres hôtels et casinos proposeront la diffusion (pour 40 à 50 dollars) en circuit fermé. On affiche complet partout à Las Vegas. L’affiche rapporte 100 millions de dollars à l’économie locale en un Week-end.

Et à événement exceptionnel, bourses exceptionnelles : 12 millions pour Hagler et 11 millions à Léonard, plus bien sûr, un pourcentage sur les recettes télévisuelles. Bob Arum, le petit avocat juif d’origine libanaise accomplit ce qu’aucun n’a fait avant lui : brasser avec des poids Moyen davantage d’argent qu’avec des Lourd. Qui plus est pour un championnat avec un seul titre en jeu : la ceinture Wbc. Alors que l’Ibf et la Wba se ridiculisent : la première annonçant qu’elle déclarera vacant le titre en cas de succès de Léonard ; La deuxième destituant Hagler pour avoir accepté cette défense face à un "non classé" …
Les clans transigent. Ce championnat Wbc se déroulera en 12 rounds (et non en 15 comme le stipule le règlement de cette fédération). Leonard en manque de compétition y tient. Hagler qui souhaite faire parler sa puissance et sa frappe, négocie en contrepartie des gants plus légers.

Au delà du rêve…
Durant 10 semaines, Leonard se prépare à l’échéance dans un camp retranché à Hilton Heard, en Caroline du Nord. Son mentor (Angelo Dundee) n’a de cesse de lui répéter le même conseil « En puissance, tu n’as aucune chance… Ne te bas pas, fatigue le et marque des points ». Comme à son habitue, Hagler s’est muré à Palm Springs en Californie avec les frères Petronelli. La "Machine de Brockton" semble même en avoir rajouté dans son habituel entraînement de commando… Il reste 2 mois à l’écart de sa famille, sauf de son jeune demi-frère (Robbie) qui lui sert de sparring à l’occasion. L’impression de puissance qu’il dégage conforte les parieurs dans leur pronostic en sa faveur. Toujours aussi sérieux, presque jusqu’au mysticisme, Hagler a refusé de se prêter aux fantaisies de la promotion et a fermé strictement sa porte à la presse. A quelques semaines du rendez-vous, il apparaît enfin lors des conférences organisées par la Top Rank. Coiffé d’une casquette rouge, la couleur qu’il préfère (celle du sang) Hagler annonce la guerre (WAR) : « je suis fort comme un taureau et avoir la prétention de me battre, c’est se prendre pour un dieu ». Plus qu’un choc, ce combat est la collision frontale de 2 styles, de 2 philosophies… de 2 destins, de 2 hommes que tout oppose. On ne peut aspirer à une plus excitante rivalité : Le beau face à la bête, L’habilité et l’intelligence face à la sauvagerie et la puissance. Le virtuose contre le guerrier, Le génial danseur à la vista sans égal aux prises avec le plus tenace et oppressant rouleau compresseur.

Ce 6 avril 1987, dans le désert du Nevada, la nuit paraît irréelle. Prés de Jack Nicholsoson, de Sylvester Stallone, de Bo Dereck ou de John McEnroe présents au premier rang, "Little Ray" parait fébrile. Son "Idole de Papa" apparaît pourtant le premier sous un tonnerre d’applaudissements. Beau comme un dieu dans son peignoir blanc, il danse vers le ring sous le succès de Kool and the Gang "Victory" : « Victory, History, everybody can Win ». (Victoire, histoire, tout le monde peut gagner). Son tour d’honneur du ring en pas chassé, à la manière de son idole (Muhammad Ali, présent également) enflamme l’assistance. Pourtant si tous n’ont d’yeux que pour le "gosse chéri", comme les 15 000 new-yorkais (qui ont payés 33 dollars dans le Madison Square Garden : l’une des 4.000 salles qui a obtenu l’exclusivité de la retransmission en direct), peu sont ceux qui accordent une chance à Leonard. Avec son air de tueur, sous la capuche de son peignoir bleu marine, l’entrée du "Marvellous" passe presque inaperçue… Pendant l’hymne américain chanté par les sœurs Pointer, c’est l’enchantement. Dieu que la boxe est sublime à ce niveau : Si impressionnant Hagler, si malicieux Leonard... Comment peut on ne pas aimer ce sport ?... Le temps de s’émerveiller encore, de respirer cet instant rêvé, et déjà, l’arbitre libère les 2 énergies…

Chef d’œuvre de chasse et de danse !
Dès les premiers instants, comme à son habitude, Hagler avance en roulant des épaules et en lâchant ses terribles crochets des 2 mains. Durant les 2 premiers rounds, le duel tient toutes ses promesses : Le champion marche sans arrêt, impose sa pression. Son challenger esquive et remise avec sa phénoménale virtuosité. « Je battrai son style et non le boxeur ! » a affirmé Leonard les derniers jours. Tel son illustre idole, "Sugar" vole comme un papillon et pique comme une abeille. Grâce à sa diabolique vista, il trouve la parade pour contrer l’extraordinaire force de destruction du "divin chauve".


Mais ce dernier travaille avec la régularité d’un métronome. Leonard, lui, réagit par intermittence et soudaineté. Pour gagner le séduisant torero doit varier ses attaques, casser le rythme, et profiter des dégagements. Alors que la tactique du "robuste tenant" est de serrer le jeu, prolonger les échanges et frapper au corps puis à la face. La stratégie des 2 hommes se noue parfaitement avec leurs qualités physiques, techniques et psychologiques. La victoire reviendra à celui qui imposera son style et sa manière. Hagler gaucher, garde haute et serrée, de face possède une large assise avec une prédominance d’appuis en avants ; il privilégie la boxe de près, à mi-distance, en corps à corps et cherche toujours à faire mal. Alors que Leonard droitier, garde ouverte, de profil et tête haute, par sa mobilité, excelle à distance où il contre par piques. Les styles et les techniques s’opposent radicalement. Chacun s’affirme supérieur dans un compartiment et inférieur dans l’autre. Cette dualité offre un passionnant spectacle. Hagler touche plus souvent et fait le combat. Son challenger se montre plus brillant et ajuste de vénéneuses banderilles. Ray Leonard semble avoir retrouvé sa fulgurante vitesse de Welter, ses jambes et son coup d’œil de ses 20 ans. Quelle cible difficile à atteindre ! Son inspiration touche au surnaturel. Au cours du 4e, sans doute rassuré sur sa propre forme, il se permet un moulinet comme le faisait "The Greatest". Aussitôt Hagler voit rouge et frappe sous tous les angles. Mais ses coups paraissent glisser sur la peau huileuse de son adversaire. Au 5e round, un uppercut secoue Leonard qui s’accroche. Le combat ressemble à un ballet : Leonard virevolte, Hagler cherche à le coincer. L’artiste y est plus prestidigitateur que jamais. Son insolence aisance gestuelle laisse admiratif, mais la volonté constante d’Hagler également. Lors des 6e et 7e, Léonard bleufe avec génie : faisant croire qu’il accepte les échanges pour fuir en un éclair.


Au fil des rounds, la puissance du tenant du tire semble s’émousser à force de frapper dans le vide. Moins féroce que d’habitude, peut être guetté par le déclin, marqué d’une lenteur inhabituelle, jamais Hagler n’a réussit à coincer son challenger dans les 8 premières reprises. Trop en puissance, sans doute trop sûr de lui, il semble incapable de changer de cadence. Hagler semble s’être trompé de guerre. Certes parfois, Leonard est à la peine comme lors du 9e round, mais ses accrochages judicieux (à la limite de la régularité) cassent le rythme. Et avec un sens tactique aiguisée, il repart dans de somptueux échanges, comme si de rien n’était... Ses ultrarapides combinaisons déclenchent un feu d’artifice. Il ne reste que 2 rounds. Hagler parait plus percutant. Leonard souffre. Mais il retrouve des ressources inattendues dans les dernières secondes des rounds. Le doute sur sa capacité de supporter la pression d’Hagler se lève. Au bout du suspens, des 12 rounds haletants, les 2 hommes lèvent les bras. La décision sera serrée, et l’incertitude plane. Les 3 juges privilégieront-ils l’activité, la pression incessante, la répétition des coups du champion ou les remises et contres plus précis du challenger ? Le "Super-Fight" n’a guère réservé de surprise. Chacun s’est battu avec ses armes favorites. Il n’y a pas eu de renversement mais comme tous les duels de ce genre qui opposent l’excellence de l’habilité à la force, de la mobilité à l’agressivité… Que juger ? Le nombre de coups ou ceux solidement portés ? Les plus rapides ou les plus lourds ? Les statistiques de l'ordinateur renforcent le dilemme. Hagler a donné 792 coups. 291 ont trouvé leur cible. Leonard seulement 629, mais 306 ont touché. 15 petits coups d’écart en 36 minutes.

Récompense ou Injustice ?
Hagler persuadé de son succès danse de joie. Les témoins neutres demeurent partagés : la prestation du challenger suffit-elle pour détrôner le souverain des Moyens ? Beaucoup d’experts ont vu Hagler préserver son bien d’un point (tel Jean-Michel Rouet envoyé spécial de L’Equipe)… D'autres hésitent comme 2 des juges : Dave Moretti et Lou Filippo qui concluent à un écart de 2 points. Le premier pour Léonard, le second en faveur d’Hagler. Le décompte du dernier (Jo Jo Guerra) sera déterminant. 118-110 pour le… nouveau champion WBC des moyens : Ray "Sugar" Leonard.

Porté en triomphe, le revenant a mené à bien son insensé pari. Alors que les 15 336 spectateurs du Cesar’s Palace, entièrement voués à sa cause, lui offre une gigantesque ovation. Don King bondit de bonheur (il déteste Hagler qui le lui rend bien). Excédé par son attitude, Bob Arum ne peut se contenir. Les 2 promoteurs en viennent aux mains, séparés par la police privée de l’hôtel. Hébété, Hagler n’en croit pas ses yeux. Il estime être tombé dans un piège « Je réalise maintenant que j’ai combattu dans la ville du jeu ». Il ne prononce pas le mot "mafia" mais y pense fort… A ses cotés, gêné et songeur sur le fond de l’affaire, Arum fait une drôle de moue… Ses 8 points du juge mexicain sont trop importants pour être honnête… Ils relèvent de l’incompétence pure ou de la magouille …« Ce type-là devrait être conduit sur le champ en prison » peste Pat Petronelli, l’entraîneur du roi déchu. A quoi tient un destin : Jo Jo Guerra a en effet remplacé in extremis le britannique Harry Gibbs récusé par le camp … d’Hagler. Peut on briser prés de 7 ans de règne pour si peu ? … Quelque chose d’injuste flotte sur cette décision, Leonard ayant fini très éprouvé…

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Aurait il pu tenir 3 rounds supplémentaires ? Et si sa vraie victoire tenait à sa négociation des 12 rounds ? La polémique durera encore longtemps et le visionnage de la cassette provoquera des jugements toujours contradictoires. Certains crient à l’injustice… D’autres y voient la récompense à l’incroyable performance de Sugar Ray. Le lendemain sur l’équipe, Noël Couedel, ivre de bonheur rédigera un vibrant éditorial : « Merci pour ce chef d’oeuvre ! Cela a été presque trop grand, trop beau, trop fort pour être vrai. L’événement était presque insupportable. A certains moments, presque irréel tellement le génie de Leonard et la rage destructrice d’Hagler se mêlaient, se mariaient pour construire ensemble un spectacle beau et pur ».

Sans retour…
A la conférence de presse, le sourire aux lèvres, Leonard se présentera avec une feuille à la main, où figuraient les pronostics des grands spécialistes de la presse américaine (98 % favorables à Hagler). « Vous pensiez tous que je ne le ferais pas ! Mais je m’entraînais depuis un an dans l’ombre, en sachant ce qu’il fallait faire … Et j’étais certain de pouvoir le faire ». Ray concrétise l’un des plus étonnants come-back de l’histoire. Il rentre dans la légende : seul Champion Olympique à conquérir un titre dans 3 catégories différentes chez les professionnels. « Je suis revenu pour battre Hagler, je retourne en retraite ! » pourtant "Partir, Revenir" sera son véritable leitmotiv. 18 mois plus tard, l’insatiable génie remontera sur le ring et sa légende continuera…

Frustré, le "divin chauve" s’interrogera pourquoi si Leonard l’a emporté, ce dernier lui a glissé à l’oreille lors de leur étreinte finale : « You ‘re still the champ !»… Perdant sa couronne unifiée lors de sa 13e défense (à une seule victoire du record de Monzon), Hagler soutiendra « Je crois qu’on m’a déclaré battu pour organiser une juteuse revanche »… Il pensera pendant des mois à son "vainqueur", à son erreur dans sa préparation physique qui l’empêcha d'hausser la cadence aux moments clés, à cet excès d’entraînement (qui causa son manque de fraîcheur et d’explosivité)… Pendant des mois, fidèle à sa droiture, il refusera toutes les mirobolantes offres, ne désirant qu’un seul combat : sa revanche. Celle que le public exige, que la presse réclame. « Je suis dans un cauchemar. Je triomphais de Léonard, mais on me déclarait battu aux points. Dites moi que ce n’est qu’un cauchemar ?!». Le suspens durera … mais jamais "Sugar" ne daignera le retrouver sur un ring. Malgré les 37 millions de dollars empochés (prés de 1 million d'Euros par minute d'affrontement) une colère sourde et une rancœur sans pardon nourriront Marvin Hagler.
Devenu neurasthénique, son mariage avec Bertha n’y résistera pas. Il sombrera quelques temps dans l’alcool et la cocaïne. Il illustrera son amertume contre la boxe en octobre 1987, lors du championnat entre Hearns et Roldan : « On m’a volé mes ceintures le 6 avril 1987, et maintenant on les distribue à des boxeurs que j’ai mis KO !». Hagler ne remontera jamais plus sur un ring. Pour oublier, il vivra à Milan où il deviendra acteur suite aux propositions de la Cinecitta (les studios de cinéma de Rome).

Sebastien Boniface, le 05 Avril 2007


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