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En boxe, tout comme en musique, l’adage de Miles Davis selon lequel "il n’existe pas mille sorte de moments mais seulement deux : les grands et les autres" est une vérité. Chaque mois, Sebastien Boniface revisite un des combats qui par son intensité dramatique a marqué les esprits au delà des générations, un des combats qui ont fait l'histoire de la boxe...

IL Y A 15 ANS, NELSON - FENECH II

Il y a 15 ans, le 1er mars 1992, l’invaincu Australien Jeff Fenech retrouve chez lui, au Prince’s Park Football Ground de Melbourne, le champion Wbc des Super-plume Azumah Nelson. Un excitant re-match entre deux véritables idoles nationales.

Les larmes du Kangourou…
28 juin 1991 au Mirage de Las Vegas, en combat d’encadrement du choc Tyson – Ruddock II, personne n’oubliera de sitôt les fantastiques rounds livrés par Azumah Nelson et Jeff Fenech, pour le titre Wbc des Super-plume... les plus torrides vus depuis des décennies ! Pendant d’interminables minutes, tête contre tête, les 2 guerriers au fort tempérament se sont rendus coup pour coup ! Une effrayante et vertigineuse épreuve de force avec toujours la même question : Comment peut on aller aussi loin dans le don de soi ?


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Alors que Fenech devait être handicapé par un manque de compétitions (un seul combat disputé en 19 mois !) et que le ghanéen traînait quelques séquelles d’une malaria et d’une blessure à son épaule gauche, rien n’altéra leur extravagance débauche d’énergie. L’australien frappa sans arrêt ! L’africain repliqua sans cesse ! Au terme de ces 12 actes enragés, pour beaucoup, Fenech mérite la décision. Sa constante agression et sa fougue physique ont fait la différence. Déjà titré en Coq, Super Coq et Plume, le "natif de MarvickVille" doit s’emparer d’une ceinture dans une 4e catégorie différente et rentrer ainsi dans l’histoire. Rejoindre Leonard, Hearns et Duran, et même les dépasser puisqu’il est le plus jeune (27 ans) et le seul invaincu à réaliser cet exploit. Mais, ce 28 juin, les juges le voient autrement et renvoient les 2 "infernales machines" dos à dos : Match nul, injuste et monumental ! Azumah Nelson sauve son titre. Jeff Fenech conserve son invincibilité mais pleure sa haine contre ce verdict. « C’est la 1er fois que je combats à Las Vegas, qu’on dit la capitale de la boxe… Ce sera la dernière, puisque c’est la capitale de l’arnaque !».

Re-match en événement national.
8 mois plus tard, Don King respecte sa parole d’organiser un re-match chez le challenger. Toute l’Australie n’a plus de doutes : son Héros ne ratera pas cette fois son rendez-vous avec la gloire. Le promoteur Bill Mordey offre une bourse d’un million de dollars à Nelson. La presse locale qui qualifie le choc de «Combat du siècle dans l’île» alimente à coup de grande Une, l’enthousiasme général pour l’événement.


Depuis décembre 1908, et le célèbre championnat des Lourd entre Jack Johnson et Tommy Burns, aucun combat n’a suscité autant d’intérêt en pays Austral : ni les championnats de Jimmy Carruthers dans les années 30, ni le choc des plumes Famechon-Harada en juillet 1969, ni même la revanche Harding-Andries chez les Mi-Lourd en juillet 1990 … Déjà d’ordinaire, Fenech boxe devant 15.000 spectateurs mais cette fois, 38.000 supporteurs ont pris d’assaut les billetteries. En outre, 18 pays (dont l’Angleterre, les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, le Mexique ou le Ghana…) assureront la retransmission de cette revanche en direct.

Le "Kid de MarvickVille".
Lors de la pesée, 4 doigts tendus vers le ciel, le challenger rappelle son appétence... Né en mai 1964 à MarvickVille, dans la rude banlieue de Sydney, fils d’émigrés maltais, Jeff Fenech connaît la misère et approche la délinquance durant son âpre adolescence. Gamin turbulent, écorché vif, il trouve sa voie lorsqu’il lace ses premiers gants de boxe dans la salle de Johnny Lewis. Le coach qui ne le quittera jamais, le façonne et avoue : « Jeff est le plus loyal et gentil garçon sur Terre, toujours prêt à se sacrifier pour un ami. Mais sur un ring, il devient terrifiant. Une bête impitoyable !». Prodige de résistance au mal, le jeune Australien est éliminé injustement en ¼ de finale aux JO de Los Angeles. Passé professionnel aussitôt, il décroche le titre national dès son 3e combat, et conquiert à sa 7e sortie (le 12 octobre 1984, soit seulement 198 jours après ses débuts) son 1er titre mondial ! Une couronne Ibf des Coq qu’il défend à 3 reprises, avant de monter chez les Super-coq détruire en 4 rounds le thaïllandais, tenant Wbc, Samart Payakaroon. Jeff devient une star nationale au même que les célèbres David Campese, Pat Cash ou Michaël Doohan. Depuis Bob Fitzsimmons, aucun pugiliste "kangourou" ne s’est jamais paré de 2 titres mondiaux… A 24 ans, après une nouvelle défense devant le mexicain Carlos Zarate, Fenech démolit en 10 rounds le champion Wbc des plumes, le portoricain Victor Callejas. 3e titre mondial en poche en 20 combats ! Alors qu’il n’a jamais combattu hors de son pays (en fait une seule fois aux îles Fidji), Fenech fait la couverture de tous les magazines américains séduits par ses qualités qui rappellent tant celles de Roberto Duran… Roi des Plume après ses 10e et 11e succès mondiaux sur ses challengers officiels (Marcos Villasana et Mario Martinez), rien ne semble pourvoir stopper ce phénomène. Pourtant sa carrière s’arrête brusquement. Suite à ses blessures à répétition aux mains, Fenech annonce son retrait des rings. Il s’engage dans le Rugby Australien, le plus violent sport collectif au monde mais sans doute pas assez à son goût, puisque 19 mois plus tard, son come-back prend le forme d’un formidable défi : se frotter au roi des Super plume, Azumah Nelson… Toujours invaincu après ce 27e combat Jeff Fenech, dont la colère ne s’est pas apaisée depuis son " vol de Las Vegas", favori des bookmakers à 3 contre 1, ne connaît pas le moindre doute dans sa tête. « Je ne vois pas comment Nelson pourrait me battre chez moi. Il n’a aucune chance de s’en sortir cette fois, les juges ne le sauveront pas ! Croyez moi, ils n’auront pas à rendre leurs pointages !».

Azumah, le "guerrier terrible"
Face à tant de certitudes, son rival africain ne l’entend pas de la même manière : « Lors de notre 1er affrontement, j’étais à 65 % de ma forme. Quelques semaines plus tôt, mon épouse venait de décéder d’un cancer. Je n’avais pas la tête à combattre. Je ne suis pas champion depuis 8 ans par hasard ! Fenech n’est qu’un enfant !»… Né en septembre 1958 à Accra, Azumah est lui aussi une idole dans son pays où sa popularité dépasse même celle du footballeur Abedi Pelé. Comme Fenech, Nelson qui a débuté sa carrière en décembre 1979, eut une opportunité mondiale très précocement : lors de son 14e combat. Malheureusement trop tôt… car invaincu mais trop inexpérimenté, il est mis KO au Madison Square Garden de New York, dans le 15e et dernier round par le meilleur Plume de l’après guerre, l’incomparable Salvador Sanchez. Pourtant, comme Fenech, Azumah s’emparera de son 1er titre en 1984. Sur les terres de Wilfrido "Bazooka" Gomez, qu'il détruit au 11e round. Jusqu’en août 1987, il collectionne les défenses par KO, seul Marcos Villasana réussit l’exploit de tenir la distance. Dans la division supérieure, il acquiert son second titre aux dépens de Mario Martinez. Un bien qu’il conserve 5 fois avant d’échouer dans sa tentative de régner dans une 3e catégorie (celle des poids Léger), battu en mai 1990 aux points par l’ "imboxable" Pernell Whitaker. Redescendu Chez les Super-plume et à nouveau paré de sa ceinture Wbc, il accepte ce re-match en Australie où il a déjà défendu son bien devant Juan Laporte quelques mois précédemment…

Au tapis !


Au centre du ring dressé en plein air, les deux hommes se fixent froidement. L’heure H a sonné. Le fort orage éclaté quelques minutes auparavant, n’a pas déchargé l’atmosphère de son électricité. Comme à Las Vegas, le duel s’annonce bestial. Il l’est dès les premiers échanges. Nelson avec sa boxe imprévisible, très efficace en crochets larges qui partent de n’importe quelle position, entame un travail de démolition au corps. Plus classique et plus rapide, Fenech impose le rythme. L’équation est claire : le vainqueur sera le plus costaud et le plus résistant… en bref celui qui asphyxiera l’autre ! Emporté par son tempérament, Fenech déclenche les hostilités alors qu’au jeu de la "guerre", sans prendre un peu de champs pour boxer à distance, il n’use pas de ses meilleures armes pour contrarier le Ghanéen. Soudain, stupeur ! Après moins de 2 minutes de combat, sur une merveilleuse droite à l’intérieur qui arrive pleine mâchoire, l’idole Australe tombe à terre... Jamais Fenech n’avait connu cette épreuve.


Mais le courage et la rudesse sont l’apanage des sportifs de l'île océane. Sonné, Jeff le "coriace" repart néamoins au charbon ! La fin du round est bouillante.… Quelle détermination chez ces deux hommes qui déclenchent simultanément leurs bombes. Tels deux boxeurs qui frapppent à l’entraînement contre un sac ! Quelle confiance de pouvoir soutenir ce rythme endiablé ! Il reste 30 secondes dans la seconde reprise, sur un gauche-droite doublé, Fenech se retrouve à nouveau au tapis !

Search and « Destroyed »...
Lors des reprises suivantes, Azumah coince son challenger dans les cordes, mais avec furie, celui-ci renverse la situation. L’épreuve de force est impressionnante ! Les deux hommes en corps à corps échangent de multiples crochets et uppercuts. Plus âgé de 4 années, battant organisé, Nelson impose sa puissance. Moins mobile qu’à Las Vegas, mais plus actif, il déclenche le premier. Au 4e, Fenech domine. Mais au round suivant, deux droites le percutent violemment. L’opposition tient toutes ses espérances. Fenech accélère : le public hurle sa joie. Quelle bataille ! Les deux hommes ne lâchent rien. Le 6e est torride. Jeff avance… il reste 20 secondes et Nelson enchaîne une rafale de coups…


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Arthur Mercante intervient dans la tornade. 8e round : Fenech impose encore l’épreuve de feu … Il coince Nelson dans les cordes. Un nouveau "à toi à moi" s’engage. Il dure prés d’une minute… Mais soudain, à la sortie d’un corps à corps, un terrible crochet gauche jaillit de la garde du Ghanéen. Ebranlé, Fenech cède dans les cordes… Deux nouveaux crochets et deux droites le projettent au sol. Mercante qui officie dans un 98e championnat (!), le compte 8. Fenech reprend mais saoulé de coups, il est sans défense ! Deux crochets encore… et l’arbitre stoppe la punition. Azumah Nelson reste le maître ! Porté en triomphe par une poignée de supporteurs venus du Ghana qui dansent sur le ring …

Deux monstres sacrés !
L’histoire ne sonne pas deux fois. Et la vérité d’un ring, n’est pas forcément celle d'un autre. Volé à Las Vegas, Fenech perd son invincibilité et son rêve à domicile... 4 ans plus tard, à 32 ans, toujours à Melbourne, l’ombre du formidable guerrier qu’il était, échouera sa dernière tentative mondiale (cette fois en poids Léger, mis KO au 2e par le talentueux Sud Africain Philip Holiday).


Proche du KO durant le 7e round et lors des ultimes secondes de leur premier duel, Azumah Nelson réussit l’une de ses plus belles démonstrations. « On riait quand je prédisais que j’allais le corriger. Rit-on maintenant ? ». Il disputera encore 7 championnats Wbc face aux meilleurs de sa catégorie (tels Gabriel Ruelas, Jesse James Leijia ou Genaro Hernandez) avant de se retirer en juillet 1998, avec un palmarès de 39 victoires, 2 nuls et 5 défaites (dont 24 championnats mondiaux).

Sebastien Boniface, le 28 Février 2007


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