Cliquez ici pour activer le lien vers le flux rss IMPRIMER CET ARTICLE      
ACCUEIL  |   QUEBEC  |   FORUM  |   PETITES ANNONCES  |   GALERIE PHOTO  |   LEXIQUE  |
RECHERCHE :
En boxe, tout comme en musique, l’adage de Miles Davis selon lequel "il n’existe pas mille sorte de moments mais seulement deux : les grands et les autres" est une vérité. Chaque mois, Sebastien Boniface revisite un des combats qui par son intensité dramatique a marqué les esprits au delà des générations, un des combats qui ont fait l'histoire de la boxe...

IL Y A 30 ANS : CERVANTES - BENITEZ

Le 6 mars 1976, au Hiram Bithorn Stadium de San Juan (Puerto-Rico), le Colombien Antonio Cervantès met en jeu une dixième fois, sa ceinture Wba des super-légers, face au prodige local, "El Bambino", Wilfredo Benitez.

Le Blue Colar "Kid Pambelé"
Né en décembre 1945, à Palenque (petite bourgade Colombienne, connue pour être la première en Amérique Latine à s’être rebellée contre l’esclavage), Antonio Cervantès cira des chaussures et vendit des cigarettes de contrebande pour stopper les grondements de son ventre de gavroche. Jusqu'au jour où il rencontre Carmel Prada, un vieil entraîneur qui lui transmet sa passion du noble art. Cervantès ne combat que trois fois en amateur (deux victoires et un revers) et débute sa carrière pro en janvier 1964. Ses 32 premiers combats se déroulent à domicile. Il connaît pourtant 4 défaites. La cause ? Malgré ses états d’épuisement, "El Kid Pambelé" se précipite sur tous les combats (17 combats en 1966 !) parfois pour trente dollars… Rien ne semble présager que ce longiligne noir va s’extraire du lot de ses concitoyens des rings de Bogota. Excepté une chose : Cervantès est un dur bosseur. Un « Blue Collar fighter » qui passe sa vie à la salle. Solide, sans fioriture, ni artifice, ce combattant « terre à terre » ne refuse aucun opposant. En novembre 1968, il sort de son pays pour mettre KO à domicile le vénézuelien Orlando Ruiz. Mais en décembre, l’invaincu Cruz Marcano lui inflige son premier revers avant la limite. Antonio Gomez, l’ex-champion Wba des plumes le défait aux points l’année suivante.

Mais Cervantès ne lâche rien. A Los Angeles, en décembre 1970, il met KO (au 8ème) l’excellent mexicain, Rodolfo "Gato" Gonzalez et s’ouvre les portes d’une opportunité mondiale. Le 11 décembre 1971, au Luna Park de Buenos Aires, il échoue au terme de 15 rounds sur une décision discutable en faveur du tenant argentin, Nicolino Loche. Comptant 9 défaites et 2 nuls en 41 combats, cet échec aurait du le plonger définitivement dans l’anonymat. Mais Loche battu par le panaméen Alfonso Frazier, le 28 octobre 1972 à Panama City, Cervantès aura une seconde chance. Il ne la loupe pas. "El Kid Pambelé" accède au sacre sur un terrible KO au 10ème round et devient le premier Colombien à conquérir un titre mondial. Commence ainsi l’un des plus prestigieux règne de la division des super-légers : en quatre années, le « prolétaire des rings » se mue en seigneur intraitable. Il remporte la revanche contre Frazier en 5 rounds, puis arrête au 10ème, en mars 1973, Nicolino Loche. L’héros qui porte sur son short, le sigle de l’entreprise nationale de café, enfile les défenses comme des perles. L’expérimenté Carlos Giménez ne fait pas le poids. Les asiatiques Lee, Kadota et Furuyama sont balayés… Esteban De Jesus que seul Duran a battu, reçoit une leçon. Cervantès devient une idole. Né dans les ruines de taudis, son dur labeur et sa ténacité sont des exemples pour tous ses jeunes compatriotes défavorisés. Dans cette ère d'or des grands champions, ses fans ne rêvent que d’un choc : un duel de titans face à Roberto Duran qui règne sans partage dans la division inférieure.

"El bambino"
Pour sa dixième défense, ce 6 mars 1976, ce n’est pas l’immense "Manos di Piedra" qu’on lui oppose, mais un gamin portoricain invaincu en 25 combats, né à NY qui vient de fêter ses 17 ans ! Une déraison !? Son nom : Wilfredo Benitez, un gosse presque chétif aux trois poils sur le menton, qui semble tout juste sorti des jupons de sa mère. Pour beaucoup, malgré son surnom flatteur de "bible de la boxe", ce prodige paraît bien trop tendre pour un tel défi. Certes dans le Bronx, avant le retour familial sur l'île d'origine, dès l’âge de 5 ans son volatile père l’a forcé à livrer de violents combats de rue pour quelques dollars ; Certes il est monté sur un ring dès l’âge de 8 ans ; Certes ce petit a combattu 111 fois en amateur et a débuté chez les pro quelques jours avant son 15ème anniversaire ; mais face à Cervantès, ce n’est encore qu’un adolescent que la folie des organisateurs donne en proie à un guerrier plein d'expérience.

Pourtant, tout sourire, dans sa tenue blanche et bleu pastel, le jeune challenger pénètre dans le stade surexcité. Le face à face confirme sa présomptueuse certitude d’être prêt. Imperturbable, Cervantès baisse les yeux devant cette juvénile arrogance. Telle une machine, le Colombien n’a pas besoin de ces mises en scène. Il est déjà entré dans le combat. Dès le coup de gong, campé au centre du ring, ce dernier allonge ses longs directs. "El Bambino" bien protégé tourne et attend en contre. Très compact et appliqué, celui-ci lance quelques beaux jabs en réponse. Le môme est un joyau : tel un radar, sa vista et ses retraits du buste donnent une impression de total hermétisme à son jeu défensif. Ses feintes d’attaque et sa vitesse perturbent le tenant. Quelle classe ! Soudain, Cervantès lance un large crochet, mais l’ombre se dérobe. Elle parait insaisissable ! Au round suivant, température prise, le jeune challenger augmente le rythme et impose son bras en piston. C’est lui désormais qui est au centre du ring.

Magnifique !
Quels échanges ! Tous les coups délivrés sont vifs, précis, calculés, faisant suite à une ouverture provoquée. Tels deux escrimeurs qui se piquent alternativement sur une danse endiablée, ces deux pugilistes sont divins ! Au milieu de la 2ème reprise, la vitesse du natif du Bronx, fait merveille. Il touche d’un enchaînement de quatre coups. Magnifique ! Sans cesse en mouvement, le petit récite ses gammes face au colombien qui mitraille de son bras avant. L’opposition est superbe. Sans le moindre accrochage, les deux hommes se livrent à un des plus bel échange de jabs, jamais vu sur un ring. Plus féline, la boxe d’instinct du challenger est un coctail démoniaque de feintes qui provoquent l’erreur, de mouvements et de précision en attaques.


A l'appel du 3ème, Benitez écoute les conseils de son mentor de père, mais le regard noir de son rival annonce la guerre. Conscient que malgré son avantage de taille, il a peu de chances d’éprouver à distance ce si malin "petit radar", Cervantès hausse le ton. Mais la classe du portoricain renverse la tendance en fin de round... Alternant sans cesse les gardes en droitier et en gaucher, le jeune virtuose perturbe l'art pugilistique, un brin mécanique, du champion. Quelle stagmina chez ce « gosse », sans cesse en mouvement avant-arrière. Grâce à sa facilité de passer en un instant de positions défensives en offensives, Benitez paraît diabolique. Fâché, Cervantès tape dans ses gants... mais au 6ème round, le jeune portoricain sautille sur ses appuis, en reculant. Il danse et transforme le ring en cours de récréation. Pourtant, Cervantès ne cède pas , imprime la chasse, et touche à plusieurs reprises. La 8ème round est énorme ! L’intensité des échanges est stupéfiant. A l’appel du 10ème, les deux hommes sont proches. Un court uppercut gauche suivi par une lourde droite ébranle le challenger… Jamais ce dernier n’est allé au-delà de ce round. Le 11ème round est terrible. Le coup d’œil et la vista du portoricain s’opposent à la dureté, l’efficacité et l’expérience des moments cruciaux, du tenant. Les reprises suivantes sont tout aussi enflammées !

Sous la pluie battante, à jamais historique !
Si un furieux orage gronde sur le ring entre les deux hommes depuis quelques minutes, le 15ème et dernier round se déroulera sous une pluie battante. Alors qu’au bord du ring, l’assistance se couvre avec tout ce qu’elle trouve (parapluies, chaises, plastiques ou cartons divers), les deux hommes trempés donnent tout comme deux damnés. Au coup de gong final, Benitez tombe dans les bras de son rival. Malgré les forces de l’ordre, le ring est pris d’assaut par l’hystérie (toute sud américaine) de la foule. Même les projecteurs en sautent un instant ! Porté en triomphe les bras en croix, le petit se laisse tomber en arrière de joie. "El Nino" flotte sur le toit du monde. Quelques fans avec un énorme drapeau « Benitez : campéon, 17 anos ! » résument l’effervescence ! Mais la décision est partagée. Le premier juge opte (147-142) pour le local. Le second préfère (147-145) Cervantes. « 148 - 144 por el ...... Nuevo campéon del mundo : Wilfredo Benitez ! »


CODEBASE="http://activex.microsoft.com/activex/controls/mplayer/en/nsmp2inf.cab#Version=6,4,5,715" standby="Loading

Microsoft® Windows® Media Player components..." type="application/x-oleobject">









pluginspage="http://www.microsoft.com/isapi/redir.dll?prd=windows&sbp=mediaplayer&ar=Media&sba=Plugin&"

src="../imgba06/5613.wmv">


A 17 ans, 5 mois et 25 jours, le prodige a frappé. L’exploit est historique. Benitez devient le plus jeune champion de l'histoire, toutes catégories confondues. Si le mexicain "Baby" Arizmendi commença sa carrière professionnelle à l’âge de 10 ans (!) Wilfredo Benitez pulvérise un record de 1927. Celui de Teddy Baldock et de Tony Canzoneri devenus tous deux, la même année, champion à l’âge de 18 ans et 11 mois (respectivement dans la division des coqs et des plumes). Si quatre mois plus tard, le mexicain José Pipino Cuevas capture la ceinture Wbc des Welters à l’âge de 18 ans et 6 mois, et dix ans plus tard en super-mouche IBF, Cesar Polanco sera sacré à 18 ans et 2 mois, Benitez grave une page indélébile. Depuis cette date, la plupart des pays refusent d’attribuer une licence pro en dessous 18 ans. L’état de N.Y. et sa puissante commission a même instauré un article (216 alinéa 23) stipulant que « pour tous les combats au delà 10 rounds, les combattants doivent avoir au moins 21 ans et une permission spéciale doit être requêtée pour les boxeurs en dessous de 19 ans, engagés en un 10 rounds »... Le record de Benitez semble à jamais inacessible.

Légendes au destin tragique....
Après trois défenses devant Villa, Tony Petronelli (le frère de Goddy et de Pat, entraîneurs de Marvin Hagler), La Wba destituera le prodige abusivement alors que, victime d'un accident de la route, il ne pourra pas à temps accorder une revanche à Cervantes. Qu’importe, Wilfredo se parera d'un nouveau titre (Wbc), en janvier 1976 (aux dépens de Carlos Palomino) chez les welters. Après son premier revers face à Ray Sugar Leonard, il s'attaquera en mai 1981 à Maurice Hope pour la ceinture Wbc des super-welters. Benitez écriera un nouveau chapitre de l'histoire en décrochant un 3ème sacre mondial à 22 ans et 8 mois. Après ses succès sur Carlos Santos et Roberto Duran, Hearns stoppera son ascension en décembre 1982. Monté en poids Moyens pour conquérir une 4ème couronne, il échouera devant Hamsho lors d'une demi-finale mondiale. Sa fin de carrière sera plus pathétique, servant d'étalon à des espoirs, à peine moins âgé que lui. Il décidera de raccrocher en septembre 1990. Retrouvé dans le coma par sa mère dans sa maison de San Juan, hospitalisé dans un état critique, Wilfredo sera victime d'une encéphalite traumatique provoquée par l'accumulation des coups reçus durant sa carrière. Aujourd’hui sans un sou, après avoir dilapidé la totalité de ses gains, Benitez ne peut plus marcher, ni communiquer… L’ex-génie des rings reçoit une aide de la Fondation qui porte son nom, après avoir perçu une pension mensuelle de 600 $ versés aux déshérités par l'état Portoricain.

De son coté, Cervantès n'aura laissé sa couronne que l'espace d'une année. Il la récupérera en juin 1977 et la conservera encore à cinq occasions jusqu’en août 1980. Date à laquelle, il la concèdera à la nouvelle étoile invaincue, le terrible "faucon de Cincinnati" Aaron Pryor. Trois ans après, Cervantes se retirera sur un palmarès de 90 victoires, 12 revers et 3 nuls. "El Kid Pambelé" sera introduit au Hall of fame en 1998 et nommé sportif Colombien du siècle. En huit ans, il aura disputé 19 championnats en super légers, ne concédant que deux revers (face aux merveilleux Benitez et Pryor). Un record que seul Julio Cear Chavez égalera par la suite... Fier de ses racines, Antonio démontra à travers toute sa carrière que le travail et l'humilité permettaient de traverser les frontières. Malheureusement s’il fut un exemple sportif pour tant de jeunes dans son pays, sa vie hors du ring sera polluée par son addiction à l'alcool et à la cocaïne.

Sebastien Boniface, le 05 Mars 2006


Pages d'histoire

Marcel Cerdan  
28/09/09 - T. Raynal
  

Marvelous Marvin Hagler  
26/07/09 - T. Raynal
  

Cerdan - La Motta  
17/06/09 - S. Boniface
  

Barkley - Duran  
27/02/09 - S. Boniface
  

Chavez - Randall  
03/02/09 - S. Boniface
  

Carlos Monzon  
19/12/08 - T. Raynal
  

Marciano, l'inoubliable invain  
05/10/08 - S. Boniface
  

Sur le ring, rien n'est jamais  
29/07/08 - G. Houston
  

Robinson - Cerdan : pour savoir  
18/06/08 - C. Chataignier
  

Holmes - Rodriguez  
27/03/08 - S. Boniface
  

Chavez - Haugen  
25/02/08 - S. Boniface
  

Frazier - Foreman  
27/01/08 - S. Boniface
  

Limon - Chacon   
10/12/07 - S. Boniface
  

Macias - Halimi  
03/11/07 - S. Boniface
  

Hagler - Leonard  
05/04/07 - S. Boniface
  

Nelson - Fenech II  
28/02/07 - S. Boniface
  

Basilio - Saxton III  
17/02/07 - S. Boniface
  

Rahilou - Randall  
10/01/07 - S. Boniface
  

Berbick-Tyson  
23/11/06 - T. Lanyar
  

Mc Callum - Skouma  
28/10/06 - S. Boniface
  

Zale - Graziano  
04/10/06 - S. Boniface
  

Il y a 25 ans, Sanchez - Gomez  
21/08/06 - S. Boniface
  

Il y a 85 ans, Dempsey - Carpe  
04/08/06 - S. Boniface
  

Il y a 25 ans, Boza Edwards -  
14/05/06 - S. Boniface
  

Il y a 45 ans, Paret - Griffit  
02/04/06 - S. Boniface
  

Cervantès - Benitez  
05/03/06 - S. Boniface
  

Robinson - La Motta  
16/02/06 - S. Boniface
  

Foreman - Lyle  
28/01/06 - S. Boniface
  

MONZON - TONNA  
12/12/05 - S. Boniface
  

DURAN - LEONARD II  
30/11/05 - S. Boniface
  



Copyright © NetBoxe.com (2000-2010) - Informations légales - Email : contact@netboxe.com