Cliquez ici pour activer le lien vers le flux rss IMPRIMER CET ARTICLE      
ACCUEIL  |   QUEBEC  |   FORUM  |   PETITES ANNONCES  |   GALERIE PHOTO  |   LEXIQUE  |
RECHERCHE :
En boxe, tout comme en musique, l’adage de Miles Davis selon lequel "il n’existe pas mille sorte de moments mais seulement deux : les grands et les autres" est une vérité. Chaque mois, Sebastien Boniface revisite un des combats qui par son intensité dramatique a marqué les esprits au delà des générations, un des combats qui ont fait l'histoire de la boxe...

IL Y A 40 ANS, ALI – LISTON II

Initialement prévu le 16 novembre 1964, les retrouvailles entre le jeune Cassius Clay et Sonny Liston sont annulées trois jours avant. Souffrant d’une hernie, le nouveau champion est opéré et le choc repoussé de six mois. C’est une petite bourgade paisible du Maine (Lewiston : 41.000 habitants) qui accueille finalement le 25 mai 1965 ce re-match tant attendu.

Un climat particulier.
Abasourdi par le succès du clown génial en février 1964, le monde entier est encore sous le charme de l’incroyable démonstration technique produite par le natif de Louisville aux dépens de la terreur Liston. Pourtant, si le prodige enthousiasme par ses qualités pugilistiques hors normes, il apparaît qu’il ne peut correspondre à l’idée que l’Amérique blanche se fait du champion de la catégorie reine.
Deux jours après son triomphe à Miami, Clay confirme sa dimension de héros révolutionnaire en embrassant la religion musulmane et son engagement auprès de la Nation of Islam dirigée par le prophète Elijiah Muhammad. Clay choque ensuite en abandonnant son nom qu’il juge être l'héritage que les propriétaires d’esclaves ont donné à ses ancêtres. Au fur et à mesure que ses liens se renforcent avec le mouvement des « black Muslims », son image dans l’opinion se dégrade.

En février, alors que Cassius X (qui deviendra Muhammad Ali : « digne des plus haut louanges ») se prépare pour cette revanche, son ami Malcolm X est assassiné lors d’un meeting à Harlem. Dans un tel climat, la rencontre qui devait se dérouler à Boston est déplacée dans une maison de jeunesse dans le Maine, à Lewiston. En réalité, les autorités du Massachusetts refusent d’accueillir le combat reprogrammé. Une vraie psychose règne autour de ce rendez-vous. A mesure que la date approche, une rumeur s’amplifie : le champion sera abattu à son tour sur le ring.
Au soir du 26 mai, les 2.434 privilégiés qui ont réussit à trouver un billet, sont fouillés méticuleusement avant de pénétrer dans l’enceinte. Si la taille réduite de la salle limite la recette, les organisateurs de l’international promotions Inc. espèrent qu’un million de personnes suivront le combat dans les deux cent théâtres et cinémas desservis par le circuit fermé. De plus, désormais la télévision américaine sert de support technique à une nouvelle conquête : l’Europe. A Paris, la rencontre est présentée en Mondovision à trois heures du matin au studio 102 de la maison de l’ORTF, avenue du Président Kennedy. Pour trois francs, prés de neuf cent passionnés assistent en direct au match transmis grâce au nouveau satellite de télécommunication « Early-Bird ».

L’énigme Liston
Quinze mois après sa première défaite et la perte de son titre, Liston, qui a fait l’objet de très dures critiques pour son renoncement lors du premier acte (épuisé et blessé à l’épaule, il était resté assis sur son tabouret à l’appel du 7ème round), semble plus énigmatique que jamais. Si l’écrivain Norman Mailer, affirme que le report lui a permis de travailler d’arrache pied, pour se présenter dans la meilleure condition de sa carrière ; le journaliste Dave Anderson infirme : "Liston a l’air en piteux état. Il n’arrive même pas à sauter à la corde. Il se prend les pieds dedans régulièrement. On peut se demander si c’est cela, le futur champion ?". En une année, en tout cas, la tendance des pronostics s’est totalement inversée : car donné perdant à 10 contre 1 en février 1964, Clay est désormais le favori à 3 contre 1.

Cent trente deux secondes…
Après une longue prière dans son coin, dos vers son adversaire, le champion le toise du regard. Dès le coup de gong, il se rue sur lui comme pour faire comprendre qui est le boss. Mais pas bille en tête, on n‘affronte pas la force par la force, Ali y va progressivement en plaçant des coups sans en recevoir. Il tourne, virevolte, danse, aiguillonne et pique avec ses directs. Liston, dans son short noir, le chasse autour du ring.
Soudain, Ali feinte une gauche. Son opposant allonge trop lentement un direct qui rate sa cible. Dans un éclair, un crochet droit jaillit juste au dessus de l’épaule de Liston qui s’écroule ! Stupéfié et surexcité, Ali insulte son adversaire à terre. Il se met à faire le tour du ring en criant victoire.
L’arbitre Jersey Joe Walcott, l’ancien détenteur de la couronne des poids lourds, trop inexpérimenté, tente de convaincre Ali de gagner le coin neutre. Avant d’entamer le compte, il oublie de se tourner vers le chronométreur pour prendre connaissance des secondes déjà écoulées. Lorsqu’il arrive à huit, Liston se relève. Pris d’un doute, alors qu’il vient d’ordonner la reprise du combat, Walcott aperçoit Frank Mac Dounough, le missionné au chronométrage, qui gesticule. Pendant que celui-ci apprend qu’il a mis14 secondes pour en compter 8, et que donc il y a eût knock-out, Ali se déchaîne... C’est la panique sur le ring. Walcott s’interpose et proclame l’arrêt qui surprend les spectateurs. Le combat est déjà fini : il n’a duré que 2 minutes et douze secondes.

Scandale et Controverses
Un étrange sentiment parcourt alors l’assistance : "Ce combat a-t-il été truqué ?" Ce crochet droit a certes giclé, mais a-t-il touché réellement ? Pas mal s’interrogent. Beaucoup ne l’ont même pas vu ! Clay vole comme un papillon et pique comme une abeille, mais ce coup magique a été si rapide qu’il transforme ce combat en l’une des plus grande controverse de l’histoire de la boxe ! Pour certains le coup a bien porté. Pour d’autres : non ! Dans la presse le lendemain, chacun y va de son point de vue. Certains journalistes tels que le rédacteur du Sport Journal, Norman B. Thomas exigent une enquête du congrès sur ce fiasco et soupçonnent ouvertement Liston d’avoir été payé pour se coucher.
Pour Angelo Dundee, l’entraîneur d’Ali, il n’y a pourtant aucune équivoque : "Les gens buvaient de la bière et mangeaient des hot-dogs, ils n’ont rien vu. Mais Liston a bel et bien reçu le coup. Mon poulain frappa si vite que ni Liston, ni les caméras ne purent le saisir. Mais, ce sont ces coups là qui vous envoient au tapis!"

Des années plus tard, Mike Tyson analysera les images sur les plateaux d’HBO "J’ai vu ces images des centaines de fois. On voit la droite arriver. Les gens à l’époque n’ont pas pu ne pas le voir !". Mais présent au bord du ring, Larry Merchant lui répondra "J’étais très bien placé et effectivement j’ai vu le coup. Mais je n’ai pas eût l’impression que c’était suffisant pour mettre KO quelqu’un comme Liston !"
Pour la célèbre écrivain, Joyce Carol Oates "l’importance de la vitesse fut ici poussée à son paroxysme. Un spectateur est soumis au doute, et considère avoir été trompé en déboursant une somme colossale pour assister à un combat qui ne dure qu’un instant. Surtout lorsqu’il n’a pas vu le coup décisif. Mais cela fait parti de l’émotion de ce sport".

Encore de nos jours, le doute persiste. Interrogé quelques temps avant sa mort, Liston confiera : "Le coup ne m’a pas vraiment fait mal, mais il m’a déséquilibré, et cueillit à froid. Une fois au tapis, l’arbitre ne m’a jamais compté. J’attendais qu’il le fasse, mais il ne l’a pas fait car Clay n’était pas dans le coin neutre. Et lorsqu’on a arrêté le combat, j’étais debout, contrairement à ce que l’on a prétendu. Vous n'avez qu’à regarder le film".


La photo du siècle.
Si le combat alimente une controverse à jamais close, il fit églament l’objet d’un cliché unique. Celui de Neil Leifer, sans doute la plus belle photo de boxe qu’on n’ait jamais prise. Récompensée comme « photographie sportive du siècle» par le prestigieux magasine Sports Illustrated, elle est une véritable œuvre d’art pleine d’émotion et d’histoire. Ali ordonne à Liston à terre "Debout, bats toi comme un homme !" et sa rage prouve son sentiment que Liston est en train de le priver d’une vraie victoire. Elle résume aussi la beauté gestuelle de la supériorité d’un champion de légende. Véritable icône de la photo sportive, elle incarne enfin la façon dont les gens veulent se souvenir du grand Muhammad Ali : fort, fier, confiant et arrogant.

Sebastien Boniface, le 16 Mai 2005


Pages d'histoire

Marcel Cerdan  
28/09/09 - T. Raynal
  

Marvelous Marvin Hagler  
26/07/09 - T. Raynal
  

Cerdan - La Motta  
17/06/09 - S. Boniface
  

Barkley - Duran  
27/02/09 - S. Boniface
  

Chavez - Randall  
03/02/09 - S. Boniface
  

Carlos Monzon  
19/12/08 - T. Raynal
  

Marciano, l'inoubliable invain  
05/10/08 - S. Boniface
  

Sur le ring, rien n'est jamais  
29/07/08 - G. Houston
  

Robinson - Cerdan : pour savoir  
18/06/08 - C. Chataignier
  

Holmes - Rodriguez  
27/03/08 - S. Boniface
  

Chavez - Haugen  
25/02/08 - S. Boniface
  

Frazier - Foreman  
27/01/08 - S. Boniface
  

Limon - Chacon   
10/12/07 - S. Boniface
  

Macias - Halimi  
03/11/07 - S. Boniface
  

Hagler - Leonard  
05/04/07 - S. Boniface
  

Nelson - Fenech II  
28/02/07 - S. Boniface
  

Basilio - Saxton III  
17/02/07 - S. Boniface
  

Rahilou - Randall  
10/01/07 - S. Boniface
  

Berbick-Tyson  
23/11/06 - T. Lanyar
  

Mc Callum - Skouma  
28/10/06 - S. Boniface
  

Zale - Graziano  
04/10/06 - S. Boniface
  

Il y a 25 ans, Sanchez - Gomez  
21/08/06 - S. Boniface
  

Il y a 85 ans, Dempsey - Carpe  
04/08/06 - S. Boniface
  

Il y a 25 ans, Boza Edwards -  
14/05/06 - S. Boniface
  

Il y a 45 ans, Paret - Griffit  
02/04/06 - S. Boniface
  

Cervantès - Benitez  
05/03/06 - S. Boniface
  

Robinson - La Motta  
16/02/06 - S. Boniface
  

Foreman - Lyle  
28/01/06 - S. Boniface
  

MONZON - TONNA  
12/12/05 - S. Boniface
  

DURAN - LEONARD II  
30/11/05 - S. Boniface
  



Copyright © NetBoxe.com (2000-2010) - Informations légales - Email : contact@netboxe.com