Conférence de presse grande classe, face à la mer méditerranée pour la présentation des deux championnats du monde WBA de Myriam Lamare et Mahyar Monshipour de vendredi soir 29 avril 2005 au palais des Sports de Marseille. Dans l’amphithéâtre, les protagonistes sont attablés aux micros, côte à côte. Autour, et dans la salle se pressent les officiels, les journalistes, les dirigeants, les élus, et les représentants des instances territoriales. Un bon moyen pour faire le point sur les chances respectives des combattants.

Silencieux et ténébreux, vêtu de noir, voilà le japonais Shigeru Nakazato (24-7-1, 18 KO), le challenger au titre mondial WBA, celui que le Japon appelle « Hu Tractor » (le tracteur), et dont on sait qu’il est impossible de sortir indemne d’un combat face à lui, même lorsqu’au final il perd (cf la mâchoire d’Oscar Larios, le champion WBC mexicain…). Quant il esquisse enfin un sourire, c’est par politesse, ou pour la photo, car c’est visiblement l’« encaisseur » type, de ceux qui tentent crânement leur chance les dents serrées. Il lâche sobrement : "
C’est Michel Acariès qui est venu me chercher. Et je suis là… Je suis persuadé que Monshipour est l'adversaire idéal pour être mis en valeur, ce sera beaucoup plus facile que contre Larios." Ses mains sèches et osseuses reposent sagement sur la table, mais parlent pour lui : les têtes des métacarpes de frappe sont épaisses et cornées.

Quant à Mahyar Monshipour, (26-2-2, 17 KO) qui a conservé son titre mondial WBA des super-coqs en battant le Thaïlandais Yoddamrong Sithyodthong personne n’a vraiment besoin de lui mettre la pression. Il est prêt, et déterminé. D’ailleurs, il dispose lui-même sa propre épée de Damoclès au dessus de sa tête et déclame que si vendredi, il perd le titre, il lâchera tout, que la boxe n’est pas une finalité, et qu’à trente ans, il fera autre chose. Autant dire que le japonais est maintenant au courant que ce match se fera sans demi mesure, que le champion franco iranien ne lâchera rien de ce qu’il a bâti jusqu’ici, et qu’il faudra lui arracher la ceinture mondiale qui lui ceint les reins, avec les dents et les ongles…
La date du 18 juin au Futuroscope de Poitiers est posée, et aucune marche arrière n’est envisagée par Mahyar. Lorsqu’il évoque une défaite possible, c’est la manifestation d’une profonde modestie bien plus que du doute…

Le sourire et la détente affichée de Myriam Lamare (9-0, 4 KO), qui va défendre elle aussi son titre mondial WBA, tranche véritablement avec le mutisme et la concentration de son adversaire l’Ukrainienne Elena Tverdokhlev. Ce challenge de dix rounds vendredi soir à Marseille ne paraît pas réellement inquiéter l’excellente transfuge de la boxe française, elle qui a vaincu déjà à deux reprises Elena en six et huit rounds en boxe professionnelle. Cette étape programmée dans son ascension doit emmener Myriam à terme outre atlantique, face à Lucia Rijker (Lady Ali), la mythique hollandaise invaincue de la boxe anglaise féminine (elle même issue également de la boxe pieds poings !).
Revenant sur son proche combat, la marseillaise d’adoption est cette fois bien plus mesurée quant à son approche stratégique: "
Je ne vais pas tenter cette fois de tout faire pour la mettre KO : je vais construire. D’ailleurs, on a visionné ses vidéos… et on a trouvé son point faible !".
Une adaptation bienvenue qui lui permettra de bien mieux s’aguerrir tactiquement, plutôt que d’imposer systématiquement un schéma pré établi, efficace certes, mais qui ne fonctionnera qu’avec les combattantes forcément plus faibles qu’elle au départ.

Enfin, Mehdi Sahnoune (30-1, 26 KO), ex-champion du monde WBA des mi-lourds (2003) et challenger officiel n°1 de Fabrice Tiozzo, pourrait bien être le joker de cette soirée. Après avoir coupé radicalement d’une vie de fêtard, il s’est exilé dans la froidure parisienne, a perdu du poids, et a cherché à acquérir ce dont il pense qui lui faisait auparavant défaut : un jab du gauche efficace, de la vitesse. Il affirme qu’il va gagner. Il en est certain : "
Je suis là pour gagner. J’ai arrêté les conneries, j’ai repris l’entraînement, j’ai repris la boxe. Je suis redevenu ce que j’étais !"
Enfin, Michel Accariès, calme et toujours affaibli par son triple pontage coronarien, a tenu son rang : droit, debout et débordant d’attention pour les combattants et les staffs respectifs.
A côté, Louis, le petit frère éternel bouillonnant prophétise "
La boxe deviendra à Marseille plus forte que le foot !". Louis répond alors à une question suspicieuse d’un journaliste concernant la valeur du combat vedette : "
La boxe de Monshipour, c’est une boxe bandante ! Celle qui faut pour Marseille !". Il a tout dit. Avec ses mots.
Le meilleur remède pour Michel, ce ne sont pas les génériques des labos pharmaceutiques. Le meilleur remède, c’est la soirée de vendredi. L’action et l'émotion.
Pour nous aussi.