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En boxe, tout comme en musique, l’adage de Miles Davis selon lequel "il n’existe pas mille sorte de moments mais seulement deux : les grands et les autres" est une vérité. Chaque mois, Sebastien Boniface revisite un des combats qui par son intensité dramatique a marqué les esprits au delà des générations, un des combats qui ont fait l'histoire de la boxe...
IL Y A 10 ANS : MCCLELLAN - JACKSON
Un duel de Serial Killers
Si, trop souvent, de nos jours, les superlatifs attribués à certains combats usurpent la réelle dimension des opposants, pas besoin de longs discours pour planter le décor de ce choc entre les deux plus dangereux moyens en activité.
Leurs palmarès suffisent : "G Man" McClellan , 28 KO en 30 victoires : 93 % de ses combats remportés avant la limite, n’a livré que 13 rounds en 8 combats et reste sur 13 KO consécutifs.
Julian Jackson et ses 45 KO en 49 succès (soit 91 %) : 37 KO consécutifs de mars 1982 à avril 1992 dont 8 pour un titre mondial : 11 dans le 1er round et 29 dans les 3 premiers !
Garçon glacial et introverti, fuyant tout contact humain, McClellan se dévoile sur le ring. La violence de ses poings s’exprime sans équivoque et le dispense du besoin de cultiver une quelconque image de méchant. Ce nouveau "bijou" du célèbre Kronk Club Gym de Detroit d’Emmanuel Steward, consacre une importante part de son temps libre à élever des pitbulls. Comme ses protégés, son agressivité est innée et destructrice. Toutes ses apparitions sont teintées d’une odeur particulière mêlant peur et excitation. McClellan nous transporte dans le frisson : une sensation rare que peu de boxeurs véhiculent.
Pourtant, Julian Jackson, son aîné de 8 ans, détient cette même fibre. Monté sur le ring pour échapper à la délinquance, il affirme très tôt son potentiel explosif. Lors de ses 17 combats amateurs, il réussit 15 KO !
Passé professionnel en février 1981 et malgré un bagage technique limité, il se taille rapidement une réputation grâce à une sorte de don du ciel : Jackson frappe des deux mains, un seul coup suffit pour anéantir !
Même s’il subit, lors de sa première chance pour le titre en août 1986, le propre sort qu’il réserve habituellement à ses opposants des gants de Mike Mac Callum. Son sacre se déroulera l’année suivant aux dépens du coréen In Chul Beak. Paré de la ceinture WBA des super welters, il réussit alors trois fantastiques KO pour ses défenses devant les excellents Drayton, De Jesus et Norris.
Opéré des deux yeux en novembre 1989 pour des décollements rétiniens, destitué et condamné dans la plupart des pays et des états américains à l’inactivité. Il reconquit pourtant une seconde ceinture (WBC en moyens) en novembre 1990 aux dépens d’Herol Graham qu’il électrocute sur un terrible crochet, l’un des plus terrifiants jamais vu… Paradoxalement, malgré sa renommée, il ne boxera jamais en tête d’affiche, restant dans l’ombre des stars : Tyson et Chavez.
Leur premier affrontement, troisième championnat du monde de la soirée le 8 mai 1993, ne figure même pas sur l’affiche, ce combat sera pourtant considéré par Boxing News comme le Zale – Grazianno des temps modernes. Pour la première fois en six années, Jackson descendit du ring sans titre mondial, mais plus encore, sans le label de plus grand puncheur actuel.
83 secondes !
Agacé par le rappel des premiers rounds difficiles de leur précédent affrontement, McClellan, favori à 3 contre 1, place, lors de la conférence, le caractère explosif de la revanche : "De toute façon, il aurait fallu qu’il me tue pour me battre… Cette fois, ce sera son dernier combat. Je vais le faire dormir pour longtemps…" Si les mots impressionnent, l’affrontement du regard entre les deux hommes instaure un pesant effroi.
Pour la première fois, McClellan n’est pas vêtu des légendaires couleurs du Kronk. Le G MAN boxe sans Steward, qu’il a congédié quelques mois auparavant. Cependant, le plus tendu semble bien Jackson. Afin de se décontracter , il lance mécaniquement ses jambes alternativement vers l’avant. Dans le coin adverse, McClellan le mime ironiquement avec un coup d’œil tranchant comme une lame de rasoir.
Huit secondes de combat , et déjà une combinaison gauche-droite ébranle l’ex-champion de plein fouet ! Le « G Man » se déchaîne avec un travail corps face en crochets lourds. Une droite appuyée à l’intérieur cherche la conclusion. Le combat vient à peine de commencer et McClellan tente tout pour conclure. Coincé dans les cordes, Jackson semble incapable de s’organiser devant un tel ouragan.
Quelle puissance, quelle rage. McClellan distribue des missiles des deux mains. Jackson bouge son buste, mains hautes mais ne peut contenir tous les coups. Dans la tempête, il tente enfin un contre mais son poing se prend dans l’une des cordes.
Sagement, Joe Cortez, s’interpose pour compter le challenger. Les yeux hagards, l’équilibre chancelant, l’incertitude s’est installé en lui. L’inquiétude et la précarité transpire de son visage. Mais attention, Jackson peut retourner toutes les situations : un crochet gauche puis une droite confirme l’éventualité. Cependant, un terrifiant crochet gauche au foie le plie en deux ! Contraint d’abdiquer, Jackson est compté 10 à genoux !
Le nouveau "roi du KO" se nomme McClellan. Il signe son 19ème KO dans un premier round ! 210 secondes lui auront suffit pour conserver son titre durant ses trois dernières défenses…
Deux puncheurs pour toujours
Déterminé à monter dans la catégorie supérieure pour défier les stars James Toney, Roy Jones Jr ou Chris Eubanks, il abandonnera son titre que Jackson récupérera vacant face à l’italien Cardamone en mars 1995 avant le perdre définitivement en août de la même année devant Quincy Taylor.
Le 25 mai 1995 à Londres face à Nigel Benn, dans le combat le plus violent de la décennie, McClellan sera stoppé dans le 10ème round. Tragique conclusion d’un combat et d’une carrière incroyable puisque quelques secondes après l’arrêt, le jeune américain s’effondrera inanimé dans un état critique.
Transporté dans un hôpital londonien, il sera opéré pour un caillot de sang formé dans le cerveau. Aujourd’hui infirme, McClellan ne reviendra jamais lui même.
Classés tous les deux dans les 30 plus gros frappeurs toutes catégories confondues par The Ring Magazine (25ème Jackson, et 27ème McClellan) leurs deux oppositions furent inoubliables d’intensité et de suspense. L’une des plus grandes affiches entre purs puncheurs de l’histoire, la plus excitante depuis octobre 1978 ( Gomez et Zarate) ou août 1980 (Hearns et Cuevas).
La légende retiendra que Julian Jackson, le plus incroyable puncheur de sa génération, n’aura jamais été canalisé par le style et la technique mais battu à son propre jeu…
| MC CLELLAN AUJOURD'HUI | Gerald McClellan a récupéré son état de conscience, mais il a perdu la vue. Il possède en outre, quelques difficultés pour se déplacer et doit utiliser une canne.
Ses trois soeurs, en particulier Lisa, sont responsables de ses soins. Il est souvent honoré dans de nombreux banquets et cérémonies de récompense. Roy Jones Jr, qui aurait pu être son plus grand rival si sa carrière ne s'était pas interrompue brutalement, gère une fondation pour lui venir en aide. |
Sebastien Boniface, le 12 Mai 2004
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